7 novembre 1979 : ASSE 6-0 PSV Eindhoven - 16e de finale retour de la Coupe UEFA

La Bible ne fait pas Lemoine

Comme on pouvait s'y attendre, les Verts font la couverture de la dernière édition de France Football. A défaut d'interviewer Fabien Lemoine, l'autoproclamée bible du football diffuse la bonne parole de quatre personnages importants de l'ASSE. Extraits.

Roland Romeyer : "On peut parler de réussite pour le moment, mais cette réussite est due à un collectif. Notamment à ce directoire constitué en janvier 2010. A la demande de Bernard Caïazzo, mon associé depuis neuf ans, j'ai accepté d'en prendre la présidence à condition qu'on change notre mode de gouvernance. De la cohésion ! Personne ne vient interférer dans le processus décisionnel ! Fin 2009, j'ai proposé à Bernard que Stéphane Tessier travaille à mes côtés pour un essai de six mois, afin de se connaître mieux, en attendant de trouver le troisième homme, qui allait s'occuper du sportif : Dominique Rocheteau. Nos trois axes : 1. Retrouver une organisation claire. 2. Créer un état d'esprit d'entreprise, avec une gestion financière rigoureuse, des salaires plafonnés fondés sur la solidarité, un respect des règles et des récompenses au mérite. 3. Respecter l'ASSE, remettre l'ADN des Verts au goût du jour, car nous avions perdu ces valeurs. Il faut rappeler que la construction du sportif se fait en parallèle avec deux outils de travail : l'acquisition du centre de formation et la fin des travaux à Geoffroy-Guichard dans la perspective de l'Euro 2016. Pour que Saint-Etienne soit européen chaque saison, et à terme, vise une place dans le premier quart de L1, il faut un budget prévisionnel serré. Je ne veux pas qu'il soit dépassé. Mais Bernard et moi pouvons choisir de prendre un risque, comme nous l'avons fait avec Hamouma. Il n'aurait pas été enrôlé s'il avait refusé les conditions salariales du club. On ne peut dépenser que l'argent qu'on a. J'ai été élevé comme ça. Saint-Etienne a une histoire, Saint-Etienne a des valeurs. Comme dans une entreprise. Si le club gagne de l'argent, il est normal que ses salariés en gagnent. Lyon n'est pas loin. Il nous faut être novateurs, capables de porter notre projet sur les rails de la stabilité, condition essentielle à la bonne marche du club. Une fois rénové notre stade, on se doit d'être européens chaque année. Etre ne serait-ce que dans les dix premiers chaque saison, rien que ça, peu de clubs en sont capables. On travaille beaucoup auprès de nos partenaires et de nos 220 associations réparties dans toute la France. On s'efforce de ne pas avoir à vendre pour équilibrer nos comptes."

Dominique Rocheteau : "L'objectif est clair, c'est de s'installer dans le top 5 régulièrement. Ça veut dire l'Europe. Mais en misant sur une forme d'équilibre qu'on cherche depuis plusieurs années. Stabilité des effectifs, stabilité au niveau de l'entraîneur, de son staff et de l'équipe dirigeante. Voilà, c'est un point primordial pour la réussite du club. Ça passe par pas mal de choses… Une politique sportive bien arrêtée, fondée sur la formation, sur la pré et la post-formation, ce qu'on faisait moins autrefois. Les 18, 19, 20 et 21 ans. Et puis un effectif professionnel reposant sur un recrutement intelligent. Le talent n'est pas le seul vecteur recherché chez un joueur. Ce qui compte aussi beaucoup, c'est son état d'esprit, très important pour tout le groupe. C'est un peu bateau de dire ça, mais c'est vrai : on doit trouver une complémentarité entre expérience et jeunesse. La formation, c'est un budget ! L'idée, c'est de sortir au moins deux joueurs par saison. Il existe une vraie proximité avec tout le monde et beaucoup d'échanges. Tout le monde se rencontre, se parle, sans forcément que la réunionnite soit nécessaire. Une cellule de supervision a été créée avec à sa tête Laurent Batlles et Thierry Oleksiak, qui s'occupent de la France et de l'étranger. On a aussi sept scouts sur toute la France et les pays frontaliers. Il y a quand même des endroits où l'on peut se rencontrer, comme la salle du déjeuner. C'est d'ailleurs voulu. Les jeunes de la formation y croisent les pros. Celan n'existait pas auparavant, il y a moins de barrières. Les maîtres mots pour réussir : stabilité, sérénité, humilité. Ne pas s'enflammer. Il y a tellement d'attente autour de ce club qu'il faut avoir un peu de recul. Il ne faut pas que ce soit éphémère. Mais le mot le plus important pour moi, c'est "partage". A tous les niveaux. Les échanges. Et le symbole de cette valeur, c'est Christophe Galtier, qui est complètement dans cette philosophie. Il était déjà là quand je suis arrivé. C'est un très bon choix. C'est un entraîneur né. Il a la bonne balance entre son relationnel avec les joueurs et son côté travailleur. On ne le dit pas assez, mais il bosse énormément ! Tactique, organisation, vidéo… Pour recruter malin, on a beaucoup échangé. Alors, il n'y a pas beaucoup de place pour le hasard. Ce partage veut dire aussi l'absence d'ego."

Bernard David : "Je savais que le club s'était renseigné sur moi et je m'étais renseigné sur le club. Je n'ai pas hésité une seule seconde. Les valeurs prônées par Romeyer et Caïazzo sont des valeurs humaines et d'état d'esprit, de respect, d'éducation, de travail. Je m'y retrouve totalement. Je ne regrette pas une seconde d'être venu ici ! Je me suis aperçu que le club travaillait bien. On va dire qu'il était à 14 sur 20 et on veut l'amener jusqu'à l'excellence à 18 sur 20. Ma devise : former des hommes avant de former des joueurs. Je ne conçois pas un joueur de haut niveau sans valeurs humaines. C'est un cheval de bataille que je partage avec Roland Romeyer et Bernard Caïazzo. Du coup la mayonnaise a bien pris. Notre équipe première qui gagne en produisant du beau jeu, c'est une belle image dans le milieu pro pour nos jeunes qui ont la chance de les côtoyer chaque jour au petit déjeuner avant l'entraînement. Les joueurs ont tous des qualités. Mais c'est surtout leur état d'esprit qui apporte le plus et permet aux qualités de mieux s'exprimer encore. Le meilleur exemple de comportement sportif, c'est quand Ibra met le pied sous le nez de Ruffier. Aucun joueur de Saint-Etienne ne lève le bras pour réclamer faute ! On veut que toutes les équipes de notre centre de formation jouent en 4-3-3. Ça se met en place progressivement, car on en parle beaucoup, avec Christophe Galtier et les autres. On veut donner une identité de jeu très forte à l'ASSE. Quand on a besoin d'un arrière droit, il n'y aura pas à lui réapprendre le poste. On en revient aux fondamentaux de la formation, et on veut les fortifier. En pourcentage, on sait qu'un jeune réussit mieux en restant sur place. C'est pour ça que, vu mon réseau, je dois faire progresser le recrutement dans la région. C'est une des choses pour lesquelles j'ai été choisi. Depuis que je suis là, on a fait Tahiti, Saint-Chamond, l'Etrat, La Côte-Saint-André, Geugnon, Drancy, Domtac et Chasse-sur-Rhône. Je veux que les éducateurs s'investissent davantage en dehors de leurs séances d'entraînement. J'ai appris ça à Auxerre en côtoyant les plus jeunes en dehors des terrains. On fait la surveillance à tour de rôle. Je suis là dès 6h30 du matin, on pointe les garçons au petit déjeuner puis plus tard. On reste jusqu'à 22h00, on est dans leur chambre. On sait quel est leur état d'esprit. J'ai voulu un investissement total des éducateurs. On demande beaucoup aux jeunes en matière de comportement. Nous devons être irréprochables et vigilants."

Loïc Perrin : "L'entraîneur met sa patte sur la façon de jouer de l'équipe. Chaque entraîneur a ses directives, sa tactique. Aujourd'hui, je pense que le coach veut qu'on ait le ballon, donc qu'on joue. Parce qu'il pense – et je le rejoins là-dessus- que c'est comme ça qu'on est les meilleurs. En fonction des joueurs qu'on a aussi, et là, c'est lui qui les a plus ou moins choisis, donc c'est plus facile. Il nous fait jouer en 4-3-3, et ça n'a pas toujours été le cas, même avec lui. Mais là, ça y est, je pense qu'il a trouvé sa façon de jouer. Je ne pense pas qu'on changera forcément cette année ou à l'avenir. La plupart des grandes équipes européennes jouent maintenant comme ça. Je pense que c'est aussi pour densifier le milieu de terrain. C'est là où se gagnent les matches, ou pas loin ! Après, ce qui est bien, c'est que quand on a l'habitude de travailler dans un certain schéma, c'est important de le garder toute la saison pour avoir des repères. Et peu importe les joueurs qui sont sur le terrain. Il nous demande de conserver le ballon, qu'on ne le jette pas autant que possible. Par des petites passes. J'ai la chance de pouvoir comparer, compte tenu de mes dix ans ici. Rien que nous, sur le terrain, nous prenons beaucoup de plaisir. Quand on essaie de jouer, qu'on fait du beau jeu, on se crée forcément des occasions. Avant il y avait beaucoup plus de déchet, c'était moins huilé. On essaye de toujours faire le jeu, mais on est aussi capables de jouer le contre car on a des joueurs qui vont très vite devant. On peut jouer de différentes façons. Brandao, quand il est sur le terrain, est un point d'appui quand on a plus de mal à ressortir. Il ne prend pas la profondeur comme Aubame. C'est ça qui est intéressant : on a un groupe étoffé, avec des qualités de joueurs différentes. Quand on s'était qualifiés pour la Coupe d'Europe, on avait fait une très belle saison avec Laurent Roussey, on n'avait encaissé que quatre buts à domicile sur toute la saison. C'est encore un record aujourd'hui. Et je jouais arrière-droit ! J'ai vécu de bons débuts de saison, mais cette fois il existe une stabilité que je n'avais jamais connue depuis que je suis au club. Le coach est là depuis un petit moment et j'ai l'impression que c'est en train de payer. De tous les entraîneurs que j'ai eus, c'est peut-être le plus proche de ses joueurs. Même au quotidien, dans le vestiaire, il sait mettre ses joueurs en confiance. Je pense qu'on a un groupe intelligent. C'est important. Les mecs ont été recrutés pour ça aussi. Ce sont des joueurs simples, sains.