Galette est toujours vert mais il a mûri ! (2)
La première tranche de Galette vous a plu ? On vous en ressert une autre ! Suite et fin des meilleurs extraits de son interview parue hier dans France Football.
"Je n’aime pas le sentiment de fierté. J’essaie juste de combattre cette image d’entraîneur défensif qu’on a voulu me donner à un certain moment. Parce que les chiffres prouvent le contraire. Et parce que j’essaie toujours, quand je prépare un match, de savoir quel problème je vais pouvoir poser à l’adversaire pour lui marquer des buts. Ça a été mon leitmotiv dès que j’ai pris l’équipe en décembre 2009, parce que je savais que, pour se sauver, on devrait gagner des matches et donc marquer des buts. J’ai alors rajouté un attaquant, Manu Rivière, pour évoluer en 4-4-2. Et c’est lui qui nous marque le but du maintien, à Boulogne.
Existe-t-il un style Galtier ? Je ne suis pas le mieux placé pour répondre. Ce qui est sûr, c’est que je m’adapte moins qu’auparavant à l’adversaire. Plus du tout, même. C’est le fruit de l’expérience. Plus tu fais de matches, plus tu prends confiance. J’aimerais rapporter un trophée ici. Mais c’est très difficile, parce que tout le monde veut ramener un titre. Et parce que le fait d’avoir failli descendre l’année où on a joué la Coupe d’Europe m’incite à la prudence. Or, quand on est très prudent, on est un peu moins dans l’ambition. Mais on grappille des points au fils des saisons. On a fini septièmes la saison dernière et on espère faire encore mieux cette saison. Y compris dans le jeu. On a fait un meilleur début de saison que l’an dernier. Dans le jeu, c’est sûr et certain. On se crée plus d’occasions. On joue. Quitte à prendre trop de risques. Cela ne nous a pas souri contre Sochaux ou Reims, mais c’est quelque chose que je ne veux plus perdre. C’est le résultat d’une remise en question totale opérée après le non-match à Toulouse. J’ai pris douze joueurs en tête à tête à l’Etrat, à l’extérieur de mon bureau, et je les ai écoutés. Parce que je pars du principe que, si un joueur important te dit qu’il est plus à l’aise à un poste précis ou dans une façon de jouer, tu dois lui donner satisfaction. Ça, je l’ai appris de mon passage pas loin d’ici. C’est comme ça, à travers ces entretiens, que j’ai su qu’on ne pouvait pas continuer en 4-2-3-1 parce que Renaud Cohade est plus à l’aise dans un triangle avec une base défensive. C’est pour ça que je suis passé en 4-3-3. J’en ai déduit aussi que Loïc Perrin serait plus à l’aise en défense centrale que sur le côté droit.
Mes enfants ont l’âge de mes joueurs. Je vois comment ils réagissent quand je leur dis que tel joueur a acheté une voiture ou telle sacoche Vuitton : « Mais papa, si j’avais leur argent, je me paierais les mêmes choses pour me faire plaisir ! » Là, t’es obligé d’en conclure que tes joueurs sont normaux. Ils profitent de ce qu’ils gagnent. Ils font aussi des conneries, c’est vrai, mais mes gosses en font aussi. Et mes joueurs ne devraient pas en faire parce qu’ils sont médiatisés ? Alors qu’ils sont dans la compétition depuis l’âge de quatorze ans et donc sujets au stress tous les jours ? Pas d’accord ! Mes joueurs, je les aime. Mais je ne suis pas naïf. S’ils enfreignent les règles de vie du groupe, ou s’ils persistent dans leurs conneries, je les sanctionne lourdement. Même si c’est le meilleur joueur !
J’adore préparer une saison. Refaire un vestiaire juste après la fin du championnat, pendant que les joueurs sont en vacances. Comme un puzzle à construire. Qui on va faire partir, qui on va garder, qui on va faire rentrer, etc. J’aime cette période. Elle m’excite. J’adore la mise en place d’une stratégie pour convaincre un joueur de venir, alors que tu as moins d’argent que les autres ou que tu ne veux pas sortir de la grille des salaires que tu as mise en place il y a deux ans. L’exemple, c’est Romain Hamouma. Quand je le rencontre avec les gens du directoire, je sais que je dois être convaincant parce qu’on n’est pas les seuls sur le coup. Je dois vendre mon projet sportif et l’état d’esprit des joueurs qui composeront l’effectif en me servant d’exemples récents, comme Matuidi ou Payet, qui sont devenus internationaux sous le maillot vert. Et ça, ça se prépare. Parce qu’il faut être bon. Et je trouve que je m’améliore.
Il y a deux choses que je déteste. La première, c’est que la presse a beaucoup changé. Aujourd’hui, tu ne sais plus à qui tu as affaire. Tu as parfois un mec de vingt-cinq ans qui te fracasse sans connaître les tenants et les aboutissants d’une décision que tu as prise. Ça, ça me gêne. Pas pour moi mais pour mes proches. La seconde, c’est que je suis devenu un homme public et que j’appartiens aux gens. Et là, il n’y a plus d’intimité. Aujourd’hui, avec le téléphone, on te filme pendant tes vacances et tu retrouves le soir même les images sur les réseaux sociaux avec un commentaire du style : « Tiens, Christophe Galtier est à tel endroit. » Et si je ne souhaite pas que mes dirigeants sachent où je suis ? Je l’ai vécu l’été dernier au Club Med. Je suis entraîneur de foot, quoi, pas une star !"