Le Barbier d'avant Séville
Avant d'être ému par la tragédie de Séville du 8 juillet 1982, Christophe Barbier (45 ans) a vibré aux exploits de Sainté. Le directeur de la rédaction de L'Express évoque ses vertes années dans le dernier numéro du mensuel Surface.
"Du plus loin que je me souvienne, mon intérêt pour le football est venu avec l'A.S. Saint-Etienne. C'était en 1976, à la grande époque des Verts, et j'avais réussi à convaincre mon père de me laisser regarder la première mi-temps de la finale Bayern/Saint-Etienne. Il avait accepté, mais j'ai dû malheureusement quitter le match à la mi-temps et regagner ma chambre pour cause de cours le lendemain. J'étais déçu comme un joueur qui sortait du terrain, mais j'avais eu un peu de temps de jeu (rires). A cette époque, Sainté, c'était l'équipe phare en France. Tous mes copains étaient pour Saint-Etienne, on collectionnait tous les figurines Panini, et celles des Verts étaient très recherchées. Mon père, qui adorait le football, prenait souvent la route pour aller voir les matches à Geoffroy-Guichard. Il revenait à trois heures du matin et j'étais impatient qu'il se lève pour me raconter l'ambiance qui régnait dans le Chaudron stéphanois !
Mon préféré, c'était Dominique Bathenay. J'avais une admiration incroyable pour ce joueur. Je trouvais qu'il avait une réelle élégance dans le jeu, extrêmement appréciable dans ce football des années 70 dominé par des trapus et velus à la Domenech (sourire). Aujourd'hui, en comparaison, c'est de la dentelle car à l'époque, le jeu était très physique. Je trouvais que Bathenay se promenait sur le terrain avec une timidité et une classe que Johan Cruyff, dans un genre plus abouti, a pu développer. Et puis Bathenay, c'est un pied gauche formidable. Je me souviens encore du but qu'il met en 1977 contre Liverpool en quart de finale de la Coupe des clubs champions. Il frappe des 30 mètres et met un but somptueux en pleine lucarne. Malheureusement, ça n'a pas suffi, et Liverpool a éliminé Sainté."