7 novembre 1979 : ASSE 6-0 PSV Eindhoven - 16e de finale retour de la Coupe UEFA

Manu a la rage !

Consacrant un dossier au grand gâchis du sport antillais, la Pravda Mag publie aujourd'hui une intéressante interview de Manu Rivière. Extraits.

"Sur le plan footballistique, je viens de loin (...) il fallait que je rattrape mes lacunes techniques. A Sainte-Luce, ce n'était pas élaboré du tout : on envoyait une longue balle devant et moi je faisais la différence grâce à ma vitesse. J'ai progressé avec la sélection de la Martinique : je me suis calmé devant le but, j'ai amélioré ma façon de me déplacer. A la Coupe Nationale Cadets, à Clairefontaine, j'étais capitaine de la Martinique. J'ai marqué des buts, j'ai été bon dans les tests. Plusieurs clubs m'ont contacté, j'ai choisi Saint-Etienne, un nom mythique chez nous car c'était le club de Gérard Janvion. A 15 ans, je débarquais au centre de formation de l'ASSE. 

J'ai eu la chance que Frédéric Piquionne, un ancien du championnat martiniquais, me prenne sous son aile. Il me poussait à toujours être le premier dans les exercices physiques, à être le premier dans l'engagement. Je venais du foot loisirs, il m'a fait comprendre que sortir du centre de formation ressemblait à une compétition incroyable. Il m'a débarrassé de ma naïveté. J'ai compris que je devais rester focalisé sur le foot pour réussir. Jusqu'à 18 ans, je ne sortais pas le soir à Saint-Etienne. Je restais au centre de formation à l'Etrat. Ensuite j'ai vécu dans une chambre d'hôtel, sur le site, plutôt que de prendre un appartement en ville.

J'ai subi un choc culturel, je n'étais pas dans le moule. D'entrée, tout le monde a ri de mon accent. Comme j'ai l'esprit ouvert, j'ai pris les moqueries en dérision. J'étais étiqueté "antillais", donc nonchalant, mou, fainéant. Cela m'a endurci. Moi, je suis cool dans la vie mais sur le terrain j'ai la rage ! (...) En Martinique, je n'étais pas le meilleur de ma génération. Même à Sainte-Luce, il y avait des joueurs plus doués mais ils n'ont pas passé le cap par manque de mental. Les clubs français préfèrent prendre des jeunes Africains sous prétexte qu'ils ont plus faim que nous. Il y en avait beaucoup au centre de formation de l'ASSE. Là encore, c'est un stéréotype vu ce que les Antillais ont apporté au foot français et à l'équipe nationale.

Comme je ne m'entraînais qu'une fois par semaine en Martinique, j'ai débarqué à Saint-Etienne brut de décoffrage. Heureusement, je suis tombé sur de bons formateurs qui m'ont fait travailler mes lacunes, fréquentes chez les jeunes Antillais : le jeu dos au but, en remises, dans les petits espaces, le replacement, la vision tactique... En vitesse et en puissance, j'étais au-dessus du lot, mais je manquais de finesse balle au pied (...) Je m'efforce de bien représenter les Antillais, mais je ne suis pas assez côté pour être leur ambassadeur. Ce sera peut-être le cas si un jour je suis en équipe de France. Ce serait magnifique, ça donnerait un modèle aux jeunes de chez moi."