6 novembre 1974 : ASSE 5-1 Hajduk Split (ap) - 8e de finale retour de C1

Rudi, c'est dit ! (1)

Dans son autobiographie "Tous les chemins mènent à Rome" parue ce mois-ci aux éditions Hugo Sport, Rudi Garcia revient longuement sur ses vertes années. Premier extrait : "Soler m'ouvre la porte."

"Dans ma chambre, on ne voyait que lui. Un poster géant de Dominique Rocheteau accroché au mur, maillot vert moulant frappé du sigle de Manufrance, liseré bleu-blanc-rouge autour du cou et des deux poignets. Et on n'entendait qu'eux. "Allez les Verts !", la chanson interprétée par Monty qui passait en boucle sur mon électrophone et qui caracolait en tête de mon hit-parade personnel. Douze ans en 1976 : comme la plupart des enfants de mon âge, j'ai grandi dans le culte de l'équipe de l'AS Saint-Etienne. Il y avait elle, et toutes les autres derrière étaient reléguées dans l'ombre.

Je pouvais réciter à l'infini, sans risque de me tromper, le nom et le pedigree de tous les joueurs, sans exception. A cette époque, il était impossible d'échapper au phénomène vert que la télévision nous offrait le mercredi soir en direct. Le spectacle rassemblait toute la famille. J'ai vibré devant le talent de Rocheteau comme devant les courses rageuses de Patrick Revelli, la vaillance d'Osvaldo Piazza ou la classe d'Ivan Curkovic. Je sautais, je criais, j'encourageais. Ce n'est pas tant le jeu de l'équipe qui m'emballait que son aptitude à se transcender et à soulever des montagnes. Quelle force mentale ! 

Aussi, lorsqu'une porte s'entrouvrit pour me faire entrer dans le temple de Geoffroy-Guichard, en juin 1998, je n'eus qu'une idée en tête : bondir sur l'occasion. Gérard Soler m'appela un beau matin pour me prévenir qu'il allait reprendre le club avec Alain Bompard et que Robert Nouzaret en serait le nouvel entraîneur. "Rapproche-toi de lui, il doit composer son staff, il y a une place qui t'attend" m'indiqua-t-il dans l'urgence. Sauf qu'il était trop tard : Robert avait déjà attribué le poste d'adjoint à Yves Brécheteau et il me proposait un rôle de préparateur physique, moins séduisant. "Tu t'y connais un peu ?" Je lui répondis avec l'aplomb de celui qui ne veut pas voir filer le train sous son nez que m'y connaissais en tout. Pas question de laisser passer cette opportunité d'intégrer le circuit professionnel !

C'est ainsi que j'ai quitté mes Verts de Corbeil-Essonne pour rejoindre les Verts de Saint-Etienne. Une couleur commune pour une perspective qui ne l'était pas. Celle de l'ASSE fondait le ciment du nouveau triumvirat Bompard-Soler-Nouzaret : retrouver la première division dans les deux ans.  Avec Gérard, avec Robert, avec Yves, avec Fred Emile, le fils d'Henri Emile, qui figurait aussi dans le staff technique, nous trouvâmes refuge au Novotel. La cohésion de l'équipe prit vite forme, et les soirées devant le poste de télévision pour voir les rencontres de la Coupe du Monde 1998 nous y aidèrent grandement. Quelle fête, tous ensemble, le dimanche 12 juillet, pour applaudir à l'exploit des Bleus face au Brésil ! Mémorable."