7 novembre 1979 : ASSE 6-0 PSV Eindhoven - 16e de finale retour de la Coupe UEFA

Une doublure qui dure

Avant de cirer le banc de Gerland, Jessy Moulin s'est longuement confié à France Football. Extraits.

"J'ai signé mon premier contrat avec l'ASSE en 2004, il y onze ans. Mais je ne suis pas une doublure historique. Pour l’être, il faut avoir fait de grandes choses. Je n’en suis pas là. Je tiens beaucoup à ce club. On va dire que je suis un fidèle. A la fin de la saison 2010-2011, j'ai eu une énorme déception. Je venais de jouer en L1 et je me disais que j’avais mis un pied à l’étrier. J’apprends l’arrivée de Stéphane Ruffier dans les journaux. J’ai compris que c’était fini pour moi. C’était dur, très très dur. Là, tu as tout qui se mélange. Je suis très pudique donc devant tout le monde, dont ma femme, je ne voulais rien montrer. Ils ne savaient pas tout ce que je pensais. C’est très dur parce que ton rêvé éveillé se termine.

Je suis prêté à Clermont, j'y vais pour jouer. Mais le gardien devant moi se montrait performant. Je faisais les aller-retours tous les jours depuis Saint-Etienne pour continuer d’habiter avec ma famille. Là, je me dis que c’est la fin du monde pro. C’est très dur. Je me suis imaginé retourner en amateur pour être prêté en National et finir mon contrat. C’était l’enfer tous les jours parce que je savais que ça allait être quasiment impossible de revenir à Saint-Etienne. Mais le club m'a proposé un nouveau contrat et depuis je n'ai plus bougé. C’est difficile de garder la confiance, de se dire qu’on est important pour le club, qu’on compte sur vous. Mais il faut vivre avec ça, ça s’apprend.

Je me fais souvent insulter parce que je suis second gardien depuis des années, que je suis soi-disant là à rien branler. Parfois ça fait mal, surtout quand on me dit que je suis un lèche-bottes, que je ne bougerai jamais. Je ne réponds pas, parce que ça ressemblerait à une envie de me justifier. Je n’ai pas à me justifier d’être second gardien ! Je n’ai pas honte de ce que je fais ! Il faut se dire qu’on est content d’être là malgré le parcours semé d’embûches que j’ai connu. Je dis souvent à ma femme que je ne fais pas rêver. Mais elle me dit : ‘‘Tu ne te rends pas compte, c’est magnifique, il y en a plein qui rêveraient d’être où tu es’’. Mais quand on y est, on aimerait jouer et aller plus loin. Aujourd’hui, je ne peux pas me contenter de cela. C’est une frustration de tous les jours. Et le doute s’installe.

Les différents contrats que j’ai signés, c’est une belle preuve de confiance. Si j’avais été une grande gueule à pleurer tous les week-ends, le club m’aurait dit ‘‘Moulin nous casse les bonbons et va aller voir ailleurs’’. Tout le monde sait ici comment je suis et ils apprécient ça. Je suis second gardien dans une équipe qui joue le Top 5, le club le plus titré en France, c’est un honneur d’être là, mais paradoxalement, on a envie de jouer.  Si j’étais un branleur, je n’aurais déjà plus rien. Tous les matins, je me motive en me disant que je ne suis pas là par hasard. Je m’estime important auprès du groupe parce que je suis là dans les bons et les mauvais moments. J’ai toujours été joyeux. Je ne vais pas à la mine tout seul, je vais faire du foot, plonger sur un beau terrain. Je trouve toujours un moyen de relativiser et se dire qu’on n’est pas les plus malheureux.

Même dans les coupes, Christophe Galtier a préféré aligné Stéphane Ruffier. Je n’ai pas d’explications. Je pense que c’est un choix commun entre le coach et le gardien numéro 1 qui veut jouer. Quand on est à cette place, on subit les choix et on ne peut pas dire ‘‘C’est à moi de jouer’’. Avec Stéphane, c’est très sain entre nous. Je ne vais pas vous cacher et vous dire que oui, c’est magnifique qu’il soit gardien international. C’est dur au quotidien d’être derrière lui. Il y a eu des moments compliqués.Etre gardien numéro 1, c’est spécial. Ce sont des sensations qu’on a toute la semaine, on travaille pour quelque chose, on a la pression, on joue, on a la confiance de ses partenaires. Quand j’ai joué à Sainté il y a trois ans, c’était magnifique. En réserve, on ne retrouve pas cette adrénaline. C’est ça qui me manque le plus."

Jessy Moulin avait déjà évoqué son statut de doublure en début de semaine sur Canal Plus Sport dans l'émission J+1.