7 novembre 1979 : ASSE 6-0 PSV Eindhoven - 16e de finale retour de la Coupe UEFA

Un derby pour Robby

Robert Herbin, qui fête aujourd'hui ses 75 ans, espère que les Verts lui feront un beau cadeau d'anniversaire en gagnant à Gerland. En attendant, le Sphinx s'est longuement confié dans la Pravda. Extraits. 

"Mon meilleur souvenir de derby, c'est celui que j’ai disputé en tant que capitaine à Gerland, le 5 octobre 1969. On venait d’éliminer le Bayern Munich trois jours plus tôt. Bien que fatigués, on a gagné 7-1. Ça prouve que, quand jouer est un plaisir, la récupération se fait naturellement. Donc je ne suis pas d’accord avec ces gens comme Guy Roux, qui se plaignent toujours du calendrier. Trois jours de récupération, c’est parfait.

Mon plus gros coup de gueule dans un vestiaire, c'était après un derby perdu à Lyon, comme entraîneur des Verts, en 1973. J'ai fait une critique bigrement sévère, le lendemain. J'ai demandé à l'un de mes joueurs, dont je tairai le nom, de me montrer son short. Alors que nous avions joué sur un terrain très gras, il était sec et propre. C'était la preuve qu'il avait joué sur la pointe des pieds, comme une ballerine. Les autres shorts étaient tout crottés.

Mon pire souvenir de derby, c'est celui que j’ai perdu comme entraîneur de Lyon, toujours à Gerland, le 24 février 1985, en deuxième division. On s’était pourtant renforcé avec Jean-François Larios et Félix Lacuesta. Mais les Verts nous ont battu 5-1 dans un stade comble. J'ai vraiment eu du mal à le digérer.

Le joueur le plus fort que j'ai côtoyé, c'est Salif Keita. Parfois, il me mettait les boules. Il m'agaçait, mais il m'agaçait… Et puis quand je raisonnais, je me disais : "Ce type, il peut marquer à tout moment." Il fallait lui donner la liberté dont il avait besoin. Alors je la lui donnais. Parce que Keita, c'était une merveille quand il partait dans ses dribbles. En match, il affichait plus de rigueur. Mais à l'entraînement, il régalait tout le monde sur deux ou trois gestes incroyables. C'était presque de la magie. Keita était un illusionniste avec un ballon. C'en était même fascinant.

Le joueur le plus marrant, c'était Gérard Janvion. D'une grande générosité, il riait toujours et il était imprévisible. Pierre Garonnaire l'avait fait venir comme attaquant. Mais après trois semaines de préparation contre des adversaires peu redoutables, je me suis rendu compte qu'il perdait ses moyens devant le but. Je lui ai alors expliqué que j'aimerais le voir sur le côté droit pour profiter de sa vitesse. Il a accepté et il a réussi sa carrière.

Le joueur le moins marrant, c'était Johnny Rep. Il en participait pas, ou mal, au colelctif. Il y avait donc un conflit entre nous. J'avais des exigences alors que Monsieur Rep, qui avait gagné la Coupe d'Europe des clubs champions avec l'Ajax, se croyait tout permis. Or, un joueur ne peut pas pas oublier que le footbalkl est très collectif. Rep, ce n'est pas le meilleur recrutement que Garonnaire ait fait.

Le joueur le plus dur, c'était Ivan Curkovic. Il ne rigolait pas. Il est né pour commander des troupes. J'ai toujours été exigeant. Et Curkovic était très dur avec ses partenaires. Avec sa grosse personnalité, il savait se faire respecter.

Quand j’ai repris Saint-Etienne en 1972 en tant qu'entraîneur, j’ai apporté une rigueur qui manquait au football de rêve de ce personnage exceptionnel qu’était Jean Snella. Christophe Galtier allie les deux. Il fait jouer les Verts comme j’aime. Son équipe conjugue solidarité et rigueur à la récupération et elle attaque bien en se servant de ses milieux comme relais. Elle pratique un jeu rythmé, varié, rodé : propre aux équipes qui ont du talent. Cet état d’esprit et la stabilité au club me laissent espérer voir l’ASSE continuer sa progression. Retrouver les Verts en Ligue 1 constituerait l'apothéose. La troisième place est accessible mais je crains que ce soit compliqué. La Ligue Europa permettrait aux Verts de se découvrir de l'ambition. A condition de ne pas se faire piéger comme l'été dernier.

Mon coup de cœur en L1, c'est Perrin. Loïc, je lui avais dit en juniors, où il jouait au milieu, que sa meilleure place se situait en défense centrale, là où tu vois tout pour le reste de l'équipe. Sa force, c'est d'être un garçon intelligent et cultivé. Il a le sens du placement et une vision pour la relance quasiment parfaite. En plus, il est très bon de la tête. Sans ses blessures, Perrin aurait pu avoir ma carrière en équipe de France. Quand je le vois jouer, j'ai l'impression que je joue encore."