Ruffier, l'efficacité et le geste juste

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Ruffier, l'efficacité et le geste juste

Sur la chaîne youtube La Voix des Gardiens, Stéphane Ruffier est revenu hier sur ses vertes années. 

"Si on s’est tiré la bourre avec Jérémie Janot quand je suis arrivé à Sainté ? Non, non, non. Jérémie a été honnête sur plusieurs interviews. Il a essayé. On connaît bien Jérémie. Ils avaient fait venir d'autres gardiens auparavant et on savait qu'il les étouffait au mental. Moi, c'était un peu compliqué. Il avait avoué dans une interview qu'il avait vite compris au bout du premier entraînement que voilà, quoi, ça n'allait pas être possible. Donc, il a eu l'honnêteté de le dire. Christophe Galtier aussi a de suite, en conférence de presse, quand j'ai signé, dit « c'est mon numéro un ». Donc, je pense que tout a été bien géré. Jérémie a essayé quand même. Il a essayé. Mais c'est Jérémie. Il ne faut pas lui en vouloir. 

La seule appréhension que j'ai eue en arrivant à Saint-Etienne, c'est comment les supporters allaient me recevoir. Parce que Jérémie, ça faisait peut-être 15 ans qu'il était là. Il était aimé par le public, ses rentrées en Spiderman et tout ça. Il était adoré du public à cause de ça, Jérémie. Du coup, avec un mec plus sérieux, le regard un peu plus froid, un peu moins ouvert que Jérémie pouvait être, comment ça allait se passer ? Et en fait, je me suis vite rendu compte à Saint-Etienne que le supporter stéphanois, il t'adore à partir du moment où tu ne triches pas et que tu mouilles le maillot. À partir de là, tu es aimé et respecté.

C’étaient les belles années de Saint-Etienne, qui redevenait un club européen et qui a gagné un trophée, la Coupe de la Ligue. C’était un objectif quand je suis arrivé que Sainté redevienne un club qui compte. Pour l’anecdote, étais en vacances, ici à Bayonne, j'arrive le midi chez mes parents pour aller manger. J’ai mon téléphone qui sonne. C'est Christophe Galtier. Il m'appelle, il me dit « Écoute Steph, je suis chez moi à Cassis, je suis en train de marcher sur la plage. Je ne fais que des allers-retours depuis tout à l'heure. Ça fait un moment que j'hésite à t'appeler. Je vais être très honnête avec toi. Je veux ramener Saint-Etienne en Europe. Je veux que le peuple stéphanois aille au Stade de France pour une finale. Et pour ça, j'ai besoin d'un grand gardien. Ce grand gardien, c'est toi. » 

Ça s’est fait en 30 secondes. « Ok, il n'y a pas de problème, coach ». Cette anecdote-là est vraie parce que sa femme me l'a raconté cette histoire. « On était à la plage. J'étais sur mon transat et je voyais Christophe qui faisait des allers-retours les pieds dans l'eau. Et à chaque fois, il s'arrêtait devant moi. Il disait « Je l'appelle ou je ne l'appelle pas ? » Et sa femme disait « Mais oui, il faut que tu l'appelles. » Et il faisait des allers-retours. « Mais oui, appelle-le.» C'est réel parce que c'est sa femme qui me l'a raconté aussi. Christophe Galtier me prenait sur des séances collectives. Mais je dirais que 90 à 95 % je m’entraînais avec Fabrice Grange. On a beaucoup dit que je m'entraînais à part. Non, je ne m'entraînais pas à part.

Je n'avais pas des passe-droits comme j'ai pu entendre beaucoup de monde le dire. On avait mis en place une méthode d'entraînement qui vient de Christophe Galtier d'ailleurs, qui à un moment donné a dit : « je veux Steph pour les matchs. Je veux qu'il soit là et qu'il soit performant pour les matchs. Les petits jeux, tout ça, je n'ai pas envie de perdre Steph sur un mauvais ballon à l'entraînement, sur un petit jeu » Donc on avait instauré que quand il avait besoin de moi pour travailler sur la tactique, bien sûr j'étais là, mais qu'après Fabrice me fasse bosser. Comme ça, je pouvais travailler vraiment des points particuliers. Et ça a vachement bien fonctionné.

Quand on a demandé à Fabrice de me décrire en un mot, il a répondu « l'efficacité » et « le geste juste » ? Je pense que j'ai été formé comme ça, déjà. Pourquoi avoir des gestes parasites ? Quel est le rôle d'un gardien ? Il ne doit pas prendre de but. Mon image de gardien très carré, très froid ? Je n'ai jamais joué un rôle. J'ai toujours été comme ça. Dans la vie aujourd'hui, je suis encore comme ça. Je suis grand, oui, costaud. Papa et maman, merci ! C’est génétique. Après, je suis quelqu'un de carré dans la vie. Dans la vie de tous les jours, dans tout ce que j'entreprends, c'est carré. Pour le foot aussi, du coup. Mais je n'ai jamais joué de personnage. Je suis quelqu'un avec un regard froid, je le sais, mais c'est comme ça depuis tout petit, depuis tout jeune. C'est moi, je suis comme ça. C'est ma personnalité. Après, je suis quelqu'un qui ne suis pas très expressif. Mais ce n'est pas le foot qui m'a rendu forcément comme ça. Je l'étais avant. Je le suis encore aujourd'hui. 

Je ne suis pas celui qui va mettre l'ambiance. Ce n'est pas moi qui vais danser sur une table. Chacun a sa personnalité. J'ai déjà entendu, « il n'est pas très souriant sur un terrain ».  Ce n'est pas un spectacle qu'on fait. On est concentré, on est dans la pression, tout ce qui va avec, le stress, le résultat. C'est vrai que c'est quelque chose que j'ai entendu tout au long de ma carrière et qui me fait sourire. Je trouve que l'argument est nul. Comment tu peux oser dire qu'il n'est pas très souriant sur un terrain ? 

L’hommage que j’ai reçu à Geoffroy-Guichard lors du match des légendes, ça m'a fait quelque chose. Comme ça s’est mal fini pour moi à Sainté, tu ne sais jamais comment les supporters peuvent le prendre. Je pense que certains m’en ont voulu, d’autres non. Je pense qu’un vrai supporter sais ce que tu as fait. Ça, c’est les vrais. Après, il y en a qui sont beaucoup plus là pour foutre la merde qu’être là pour être des vrais passionnés du club. Les vrais, ils savent très bien que je n’ai jamais triché. Si le fait que ça se soit finit comme ça avec un club que j’ai aimé reste une blessure, un regret ? Non. Déjà parce que je ne suis pas comme ça. Je n’ai pas de regret. 

Je savais depuis le début que j’avais affaire à des gens malhonnêtes. L’autre, je n’emploierai pas son  nom [Claude Puel, ndp2], dès qu’il est arrivé, et les présidents, depuis 10 ans auparavant quand j’ai signé [Roland Romeyer et Bernard Caïazzo, ndp2], ils ne sont pas honnêtes. C’est pour ça que sur la fin c’est part comme ça. Mais pas qu’avec moi. Ils ont eu des histoires avec plein d’autres… Quand tu sais à qui tu as affaire, le jour où ça se produit, tu n’es pas surpris. Je pense que les supporters au début prenaient plutôt le parti du club. Et finalement ils se sont rendus compte que le problème était ailleurs…

 

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