7 novembre 1979 : ASSE 6-0 PSV Eindhoven - 16e de finale retour de la Coupe UEFA

Bafé made in Sainté

Dans la Pravda Mag d'aujourd'hui, le vilain Bafé Gomis revient sur ses vertes années.

"Je savais que, à chaque ballon que je toucherais à Gerland, le public allait me guetter. Un mauvais contrôle, un mauvais choix et j'allais être sifflé. En choisissant de passer de Saint-Etienne à Lyon, je relevais un double défi : rejoindre un club de standing européen et me faire adopter par le rival du club qui m'a aidé à devenir un homme. J'étais persuadé de posséder le mental pour m'imposer, même si, autour de moi, on en doutait.

A Saint-Etienne, j'ai développé le sens du partage, de la solidarité, que je vivais déjà chez moi au quotidien. On est une famille de dix enfants. On vivait ensemble au neuvième étage d'un HLM à la Beaucaire, près de Toulon. Une fois arrivé au centre de formation des Verts à l'Etrat, j'ai dû apprendre à conjuguer respect de l'autre et nécessité de réussir. Heureusement, on vivait à l'écart de la ville et de ses tentations. Malgré les valeurs que m'a inculquées mon père, qui, comme moi, est très croyant, j'aurais pu disjoncter. J'en ai vu arriver des jeunes pleins d'humilité et qui, une fois devenus les petites stars du coin, ont oublié leurs principes. Avec l'argent qui arrive, tu peux vite déraper. Je ne cesse de me répéter : "gros sacrifices, grosses récompenses."

Je ne descendais pas en ville et jamais je ne suis allé en boîte de nuit ! Je savais ce que je voulais. Je ne me suis jamais laissé entraîner. Sauf une fois, après une finale perdue en championnat des 15 ans, contre l'INF. L'entraîneur nous avait promis, battus ou pas, un bon de sortie. Je ne suis pas retourné en boîte avant l'âge de 19 ans et mon contrat pro signé. Ça ne m'empêche pas d'être un bon vivant, mais toujours en conscience. Je bois un verre de temps à autre, mais je choisis avec qui je trinque. J'ai la chance d'être footballeur pro à Lyon, d'être très bien payé et à l'abri du besoin. Je ne me vois pas gâcher tout ça. Je cherche aussi à inculquer aux autres les valeurs qu'on m'a données. J'ai d'ailleurs un "petit frère" à Saint-Etienne, Josuha Guilavogui, un jeune international Espoirs. Je l'ai pris sous mon aile."