Ghoulam de Sainté
Faouzi Ghoulam se confie longuement dans la dernière édition de la Pravda. Extraits.
"A Montreynaud, les soirs de grand match, comme le derby contre Lyon, la mairie nous installait un écran géant sur la place. C'était comme un cinéma en plein air. C'était la bonne époque. Quand j'étais ramasseur de balles, les joueurs nous criaient souvent dessus pour qu'on leur donne vite le ballon. On jouait un match dans leur match condamnés à rester concentrés.
Petit, je n'était pas très sport, dans une famille de sportifs. Mais regarder les cassettes de Maradona et être supporter des Verts sont deux choses auxquelles je ne pouvais pas échapper. Maradona est l'idole de ma famille, et il n'y a que le foot dans la tête d'un Stéphanois. J'y ai donc joué, à cause de mes frères. Ma mère m'a eu à quarante-cinq ans et ils m'ont elevé. Ils m'ont inscrit au CSADN, le club de l'armée.
Ensuite, je me suis plus concentré sur l'école que le foot. J'ai même failli arrêter lorsque j'étais en moins de 16 ans. En général, 3% de jeunes passent pros et un par génération à l'ASSE. L'école c'était plus sûr. Mais, à force d'écouter beaucoup de gens m'assurer qu'ils auraient pu être pros, je me suis dit que jamais je ne prononcerais cette phrase plus tard. Il me fallait donc savoir si j'avais le niveau. Avoir vu deux de mes frères échouer m'a donné la rage. Lors de mes vacances à Annaba, dans ma famille en Algérie, j'avais également pu constater que la vie était dure là-bas.
Je reviens chaque jour à Montreynaud pour voir ma mère, avec qui il est interdit de mentir et de voler. N'avoir quasiment pas d'autres amis que mes grands frères m'a permis de mûrir plus vite, ça m'a protégé. Ma famille est ce que j'ai de plus cher. Jeudi, je suis allé allé acheter deux maillots à la boutique des Verts pour mon fils ainé. Le mien lui est trop grand. J'emmène aussi Soufiane se promener dans le quartier. Je n'aime pas ce mot, "cité". Il a pris une connotation trop négative.
Les gens savent où me trouver. Ils peuvent me voir, me parler. C'est pour ça que c'est plus difficile de passer pro dans ta ville. Mais j'ai ma famille, ici. Et ça, ça n'a pas de prix. Saint-Etienne a une forte population maghrébine. L’inconvénient, c'est que je me fais arrêter par la police... Je suis le pro qui se fait arrêter le plus souvent. Je n'ai pourtant pas le monstre d'Aubameyang. J'ai pris l'habitude des fouilles au corps, mains collées contre ma BMW. Elles me mettent mal à l'aise quand les gens me reconnaissant dans la rue, et pas les policiers. Cette image du jeune des quartiers me colle. Avec le temps, je me suis aperçu que ça facilitait les choses de dire que je suis footballeur."