Dominique explique l'éthique
Un ange (vert) passe sur le site de la FFF pour nous expliquer le rôle du Conseil National de l'Ethique (CNE) qu'il préside depuis 2002.
"Je retire une certaine fierté d'avoir pris un seul carton jaune en 18 ans sur les terrains. J'étais avant tout un attaquant, on ne me demandait pas de revenir défendre, sauf vers la fin de ma carrière de par l'évolution tactique du jeu, et je n'avais pas souvent l'occasion de tacler. Sans avoir peur des contacts, je cherchais d'abord à les éviter. Et puis, ce n'était pas dans mon tempérament, ni dans celui de mon père qui a joué en DH sans quasiment recevoir d'avertissements. Je répondais aux coups par le jeu, en dribblant mes défenseurs. C'était bien mieux que de rendre les coups ou de se venger d'une injustice. Je n'ai jamais été dans cet état d'esprit et je pense que cela m'a valu le respect de beaucoup de gens. Je ne voyais jamais mon père protester sur un terrain et mes éducateurs m'ont toujours inculqué ce respect de l'arbitre. De toute façon, contester ne sert à rien. Un arbitre ne revient jamais sur une décision, sauf sur indication de l'un de ses assistants. Aujourd'hui, au moindre coup de sifflet, l'arbitre est systématiquement entouré de toutes parts. Ces comportements existaient beaucoup moins jusqu'aux années 80 et nuisent considérablement à l'image de l'arbitre et du football. On note beaucoup plus d'actes d'antijeu également. Cela ne correspond pas aux valeurs que je m'efforce d'inculquer aux jeunes dans les stages que j'organise et à l'académie de football que j'ai ouverte au Vietnam.
La défense de l'éthique, du fair-play, du respect, la lutte contre les dérives de toutes sortes sont la préoccupation du CNE. Lorsque la Fédération m'a proposé d'intégrer cette nouvelle commission, en 2002, j'ai tout de suite été séduit, j'ai dit oui sans hésiter car j'estimais qu'il était temps de réagir pour combattre des choses déplaisantes, dites ou faites en dehors des terrains. Les premiers pas du Conseil ont été longs et difficiles, faute d'une définition précise de son champ d'action, au milieu des autres instances de la Fédération ou de la Ligue. Nous avons eu à traiter des affaires ne concernant pas réellement l'éthique et beaucoup de dossiers émanant du monde amateur qui ont compliqué notre tâche et notre communication. Les modifications apportées en 2006 puis 2007 ont apporté une clarification nécessaire. Je me réjouis surtout de voir que le CNE a fait des "petits" dans les ligues et les districts où des référents et des instances analogues sont apparus. Toutes n'ont pas les mêmes activités et pouvoirs disciplinaires, une homogénéité reste à trouver, mais cette avancée est intéressante.
Initialement, le CNE était dépourvu du pouvoir disciplinaire et cette question a fait débat, même en interne. Ce Conseil devait-il avoir le pouvoir de sanctionner ? Dans un premier temps, non. On nous a ensuite donné cette possibilité qui ne nous a pas tous convaincus. Moi-même, je n'y étais pas favorable. La création d'une instance d'appel au sein du CNE, à partir du 1er juillet 2007, a constitué une bonne solution. Les personnes sanctionnées peuvent se tourner vers elle.
J'ai toujours pensé que notre mission, tout en mettant en exergue ce qui n'allait pas, devait d'abord s'exercer en termes de conseil, d'éducation et de prévention. Nous avons mené des actions en ce sens avec la rédaction de la Charte de l'Ethique, la mise en place des Trophées du Fair-Play destinés au football pro ou l'organisation de journées de sensibilisation à l'éthique. Récemment, nous avons proposé à trois entraîneurs (Gourcuff, Kombouaré, Duarte) de participer à des actions pédagogiques en substitution de leur peine. Maintenant, lorsque nous estimons que des dérapages méritent d'être sanctionnés, nous le faisons. La preuve avec Louis Nicollin.
Les premières années, je recevais fréquemment des appels de présidents ou d'entraîneurs passés dans le but d'influencer nos décisions. J'avais toujours l'image de l'ancien joueur qui "connaît la musique". Cela arrive de moins en moins souvent… (Il rit) Je suis incorruptible !
Le Conseil a été longtemps remis en question, critiqué parfois, ses décisions étaient souvent déjugées faute d'avoir été prises dans un cadre bien défini. Cela ne jouait pas en notre faveur, tout en montrant que l'on gênait aussi un peu quelque part. La remise à plat de notre règlement a permis d'asseoir davantage notre légitimité. Au départ, certains dirigeants convoqués ne se déplaçaient pas ou se contentaient d'envoyer un fax. Aujourd'hui, non seulement ils viennent mais ils sont parfois accompagnés de leur avocat. Je note aussi qu'il est rare de revoir les mêmes personnes. Je veux croire qu'ils se sont calmés et cela prouve que le CNE est utile.
Que les différents acteurs du football n'oublient pas que des milliers de jeunes et d'amateurs les regardent et prennent exemple sur eux. Comment voulez-vous inculquer aux gamins le respect de l'arbitre si tout le monde passe son temps à les dénigrer ? Dans le football amateur, où les officiels sont moins protégés, on passe très vite de la contestation à la violence, parfois physique. On peut être très médiatique, vivre la pression et les enjeux du haut niveau, et donner le bon exemple. Un garçon comme Laurent Blanc ne viendra jamais devant nous, j'en suis persuadé.
La main de Thierry Henry contre l'Irlande devrait surtout induire une réflexion sur l'évolution des moyens donnés aux arbitres. L'idée des assistants de surface de Michel Platini est intéressante mais le recours à la vidéo mérite vraiment d'être étudié dans l'optique d'une utilisation bien ciblée, car il ne s'agit pas de hacher le jeu. Je suis aussi partisan de l'introduction de nouvelles règles tels que le recul à dix mètres pour les joueurs qui contestent ou gênent l'exécution des coups francs, et l'expulsion temporaire qui fonctionne bien au rugby.
Ce qui m'intéresse, c'est de participer à une entreprise utile et bénéfique pour le football et qui trouve écho, je l'ai dit, dans les ligues et les districts. Beaucoup de gens nous soutiennent et participent à nos réunions. Si tout va bien, nous lancerons prochainement le Trophée de l'Ethique pour récompenser des comportements ou des initiatives mises en œuvre à la base, avec un lauréat par région et un lauréat national que nous aimerions mettre à l'honneur à l'occasion de la finale de la Coupe de France. J'espère que ce Trophée sera médiatisé. En ce sens, le CNE remplit pleinement la vocation qui est selon moi la sienne : être un laboratoire d'idées pour la prévention et l'éducation. J'aimerais également que l'on travaille davantage avec les autres commissions concernées par ces questions, avec la Fondation du Football aussi."