Coupet, arrêt de jeu (2)
Deuxième extrait du livre de Grégory Coupet Arrêt de jeu (ed. du Rocher, mai 2011).
"Mon arrivée au centre de formation se déroule moyennement. J'ai 17 ans, pas vraiment un âge normal pour rentrer dans un centre de formation. J'ai souvent le blues, me réfugie dans la cabine téléphonique en bas de Geoffroy-Guichard pour appeler mes parents. Ma chambre est dans une tribune du stade, c'est impressionnant. Tous les autres pensionnaires sont dans leur grande majorité des fans de foot. Ils ne parlent que de ça, connaissent tout sur les clubs, ont des posters sur les murs. Pas vraiment mon truc.
Ma petite bulle du Puy vient de voler en éclats. Je prends une vraie claque dans la gueule. Ma campagne est loin, je dois prouver à tout le monde que je mérite d'être là. Il n'y a pas trop d'amitié, c'est chacun pour soi. Il faut réussir, percer. Je n'y étais pas préparé, tout simplement. Lors de l'un de mes tous premiers matches de la saison 1990-1991, je commets une bourde et, à mon grand étonnement, personne ne vient me réconforter. Je découvre et je comprends qu'à partir de maintenant, c'est chacun pour soi. La bande de copains en train de jouer au ballon, c'est fini. Place au projet de carrière. On ne joue plus, on travaille, et la différence est assez cruelle à analyser quand on la vit.
Que faire pour être certain de percer ? Être au taquet, ne jamais faire la bringue. Mon rythme : cours le matin et l'après-midi, puis entrainement le soir. Si tu déconnes, tu le paies cash. Si tu bosses comme un malade, tu t'installes dans les buts. Je vois pas mal de jeunes qui profitent rapidement de leur statut de joueur de l'ASSE. Ils sortent, picolent, sautent sur tout ce qui bouge. Ils sont doués mais partent en vrille. Quand je les vois partir le soir, escaladant la grille de Geoffroy-Guichard, c'est limite si je ne m'impose pas une séance d'abdominaux ! Mais attention, je ne donne de leçons à personne. Chacun est libre de faire ce qu'il veut. Moi, je ne souhaite qu'une chose : jouer."