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C’est dans la ville des frères Troisgros et de la Chorale, haut lieu du basket hexagonal et ancien champion de France de la discipline, que Jean Luc Ribar voit le jour le 26 février 1965...


Rapidement, il se rend compte que sa petite taille (1m70) ne lui permettra pas d’exprimer son talent à Fontalon avec une grosse balle orange dans les mains, et qu’il n’a pas la tête assez grosse pour porter convenablement la toque de chef. Par contre, du talent, ce milieu offensif vif et technique en a à revendre plein les pieds. Après une saison 1980-81 au Roanne Matel SFC, le club phare de la région, l’AS Saint-Étienne le repère donc sans mal et lui demande d’aller voir plus au sud de son département, là où l’herbe est réellement verte et où les footballeurs sont rois.

Mais Jean Luc Ribar arrive malheureusement dans le club mythique en 1981, à un moment finalement peu opportun, juste après le dernier titre des Verts et juste avant que n’éclate la douloureuse affaire de la caisse noire. Le club galère, lui termine sa formation et ne joue qu'en équipe réserve de temps en temps (26 matches et 1 but en deux saisons).
L'ASSE va mal ! Durant la saison 1983-84, dans un club miné par un environnement difficile, l’entraîneur Jean Djorkaeff tente de préserver l’essentiel, le sportif, en faisant confiance à une bande de jeunes qui s’éclatent plutôt qu’à des anciens. C’est à cette occasion que Ribar, mais aussi Ferri, Primard et autres Clavelloux goûtent aux rudesses de la D1.


La saison 1983-84 est maudite mais Ribar (accroupi, 2e à droite) y découvre le football pro


Mais à 5 journées de la fin, un terrible 7-0 encaissé chez le futur champion de France bordelais fait si mauvais effet dans la Loire qu'il est fatal à Djorkaeff, immédiatament remplacé par Robert Philippe. Les Verts terminent 18e et s’inclinent en barrage contre le Racing Paris, lors d'un match à domicile de triste mémoire.
Ce soir là, il fait froid à Geoffroy-Guichard, Ribar est muet et quelques milliers de supporters s’agglutinent derrière les grilles pour chanter "Non, non, non Saint-Étienne n’est pas mort"

Car non, ni Saint-Étienne, ni Jean-Luc Ribar ne sont effectivement morts. Ces matches en D1 ont en effet permis à tous les observateurs de voir combien le petit meneur de jeu stéphanois, souvent associé à Jean-François Daniel, un autre lutin du milieu de terrain, posséde un talent inné. Ribar est du reste, sacré Champion d’Europe junior en 1983, en compagnie de Laurent Fournier et Stéphane Paille.



France juniors 1983: quelques futures stars, beaucoup d'oubliés


En 1984-85, Henryk Kasperczak débarque dans le club forezien alors en D2, et responsabilise son jeune meneur. Les Verts démarrent mal le championnat mais enchaînent ensuite une impressionnante série de 24 matches sans défaite qui leur permet de terminer seconds derrière Nice, avant d’échouer une nouvelle fois en barrage contre Rennes.
Cette année là, le lutin vert score pour la première fois en professionnel, et signe son seul doublé avec son club formateur lors d’une fabuleuse victoire 5-1 à Gerland, où l’on entend chanter dans les travées: "La banlieue c’est pas rose, la banlieue c’est morose".



Extraordinaire but de Ribar contre Martigues en 1985


C’est encore durant cette saison que le Chaudron, sous le charme de cette jeune garde, explose lors d’un quart de finale de Coupe de France gagné 1-0 contre Lille.
Cerise sur le gateau: à l’issue de la saison suivante, les Verts retrouvent l’élite. Au total, Ribar joue 77 matches avec l'ASSE durant ces deux saisons en D2, pour 23 buts marqués. C'est pourtant un homme de Coupe: en 16 rencontres de Coupe de France, ses buts décisifs lui font porter son ratio à un joli ratio de 50% (8 buts)


Ribar convoite un ballon chaud face à Thonon en 1986 (photo le Progrès)


Ribar obtient enfin le privilège de rejouer en D1, dans une équipe plus solide et mature et à l'issue de la saison 1986-87, grâce à une défense de fer, les Verts obtiennent le maintien espéré. Dans un schéma de jeu ultra-défensif, le petit prince de Geoffroy-Guichard a pourtant du mal à affirmer son talent. Il marque son unique but en D1 avec les Verts lors d’une belle victoire 4-0 contre le Matra sauce Lagardère et dispute 36 matches cette année-là mais après une défaite inaugurale à Laval la saison suivante, il sort des schémas de jeu de Robert Herbin, nouveau coach de l'ASSE.
Il joue un dernier bout de match fin août à domicile face à Auxerre puis disparait de la circulation. Souffrant de difficulté osseuses et d'arthrose, ce n'est qu'en novembre qu'il refait surface pour prendre la direction du LOSC. Jean Luc Ribar quitte l'ASSE sur la pointe des pieds après avoir disputé 137 matches avec l’ASSE, pour un total de 24 buts.



La carrière de Ribar à l'ASSE en un coup d'oeil


Il ne reste finalement dans le Nord que pour terminer la saison 1987-88, avec 18 matches à son actif, pour une seule réalisation. Il file ensuite à l’ouest, à Quimper tout d’abord en D2 (11 buts en 31 matches) puis au Stade Rennais de 1990 à 1995, dans une période où le club breton joue au jeu de l’ascenseur entre D2 et D1. Il sera régulièrement titulaire sous le maillot rouge et noir dans l’élite, pour 12 buts à son actif. Sa période de gloire est alors clairement derrière lui. Il arrête sa carrière en 1995.



Fin de carrière sportive pour Ribar à Rennes en 1995


Vient alors le temps de la reconversion mais Jean-Luc n'est pas un plaintif et il rebondit sans mal dans un secteur qu'il connait bien: "Le métier d'entraîneur ne m'aurait pas déplu mais, physiquement, avec mon arthrose, je ne pouvais pas (...) Quand j'ai fini ma carrière de joueur pro en 1995 à Rennes, je suis revenu à Roanne. J'ai alors intégré une franchise de distribution d'articles de sport, un choix absolument pas programmé. J'étais directeur d'un magasin, ça a duré dix ans. Lorsque mon entreprise a été rachetée, j'ai saisi l'occasion de passer à autre chose. J'ai pensé que c'était le bon moment, J'avais envie de devenir mon propre patron"
Dans son magasin de sport, il vend pendant près de 10 ans des articles de football... et de basket: "Je ne retourne que très rarement à Geoffroy-Guichard. J'y vais pour faire plaisir à des amis et je regarde les matches à enjeu à la télévision. Maintenant, je suis abonné au basket, à la Chorale. Il y a du suspense, une bonne ambiance, ça m'attire plus"

Cette belle aventure s'achève en 2006 par le rachat de son magasin. Fidèle à son caractère, Ribar décide de se laisser le temps de trouver un challenge à sa mesure et en 2009, il se lance à l'attaque: "Jai déniché une petite annonce mettant en vente une société de nettoyage. L'entreprise marchait très bien, elle avait déjà huit ans d'existence et comptait quatre salariés. Tous ces échos favorables ont fini par emporter ma décision (...) Mon challenge personnel était de créer des emplois. Et je suis très fier d'y être parvenu"



Jean-Luc Ribar en 2011


Jean Luc Ribar, peut être affublé trop tôt de trop lourdes responsabilités pour un jeune joueur, n'aura finalement pas réussi la carrière sportive fabuleuse à laquelle son talent le prédestinait mais ne regrette pas pour autant ce à quoi il a voué sa vie: "Le sport et les affaires se ressemblent, il faut toujours avoir le souci du détail pour faire la différence. Je n'entraîne pas une équipe de foot mais numériquement je m'en rapproche ! (...) Je ne pouvais pas être coach, je suis donc devenu coach d'entreprise à Roanne, ma ville natale"
C'est qu'on appelle le sens du but...