Messi n'est pas Dieu (2)

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Comme il l'avait fait avant-hier dans Le Parisien, Oswaldo Piazza évoque dans la dernière édition du Monde le huitième de finale qui opposera cet après-midi les Bleus à l'Albiceleste. Extraits.

 

"L’Argentine reste sur trois finales, en Coupe du monde (2014) et en Copa América (2015, 2016)… Que tu aimes ou pas cette équipe, elle a ce mérite-là. Mais on dépend toujours de Messi. Au Brésil, s’il n’avait pas été là, on serait rentrés à la maison dès le premier tour. Cela dit, on les critique en permanence, on dit qu’ils sont nuls, qu’ils manquent de tempérament, mais si c’était le cas, ils n’auraient jamais atteint ces trois finales consécutives. Sampaoli avait fait du bon travail au Chili, mais le Chili ce n’est pas l’Argentine. Est-ce que son style de jeu convient au football argentin ? Ici, par exemple, nous ne sommes pas habitués à jouer avec une ligne de trois défenseurs comme il aime le faire. Là, on a joué trois matchs de poule avec trois équipes et trois schémas différents.

 

L’image de notre football reflète celle du pays dans lequel on vit. On a une inflation de 40 %, nos dirigeants politiques ne savent plus quoi faire, ils ont déjà tenté 50 formules différentes, soit beaucoup plus que Sampaoli. Cinq générations vont passer, et ils n’arriveront toujours pas à payer cette dette. L’autre jour, on me disait qu’il y avait 35 000 Argentins dans le stade contre le Nigeria. D’accord, mais c’est quoi par rapport aux 44 millions d’habitants que nous sommes ? Qui, en Argentine peut se payer un voyage en Russie ? La classe moyenne souffre terriblement. Il y a une énorme pauvreté, les gens dorment dehors, remuent les poubelles pour manger. Le football, comme d’habitude, cache un peu tout cela. Pendant la guerre des Malouines, des soldats se faisaient tuer, et on continuait à jouer au foot.

 

Les militaires voulaient détourner l’attention du public en 1978 avec cette Coupe du monde à la maison pour masquer tous leurs assassinats. Mes coéquipiers de Saint-Etienne peuvent témoigner de la manière dont la France a été éliminée ce jour-là. Marius Trésor tombe, la balle lui tape sur le bras, et avec ce penalty, l’Argentine se qualifie. J’en parlais il y a quelques jours avec Christian Lopez, lui et les autres le vivent encore comme une injustice. Il m’a dit qu’on ne changeait pas, qu’on était toujours dans la merde. A l’étranger, on vendait l’image d’un pays qui progressait.

 

Après le 0-0 contre le Danemark, Jean-Michel Larqué était très remonté face à la pauvreté du jeu proposé. Ce match était chiant. Les deux équipes étaient qualifiées, les joueurs ne voulaient pas se blesser. La France n’a pas très bien débuté ce Mondial, mais, peu à peu, elle a trouvé un équilibre, une bonne assise défensive qui lui offre une sécurité que n’a pas l’Argentine. Nous, on dépend d’un joueur, que l’on n’arrive pas à accompagner et qui a l’air triste. Il ne brille pas comme il devrait car il porte trop de responsabilités. Maradona l’a toujours protégé. Pour nous, Diego est un dieu. Il nous a fait connaître le monde, et le monde nous connaît en partie grâce à lui. Il a ses défauts, mais on ne peut pas le juger ni le comparer avec Messi, car il est au-dessus de tout.

Heureusement, le football n’a pas de logique. Si on parle du fonctionnement des deux équipes, de ce qu’elles ont démontré jusque-là, la France est clairement supérieure à l’Argentine. Les gens disent qu’avec la qualification pour les huitièmes, tout va changer. Mais qu’est-ce qui peut changer ? Mettons qu’on passe la France. Et après ? On a beau être des fans de foot, on est en Argentine dans une situation tellement critique que personne ne va rien résoudre, même pas notre sélection."

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