Saivet, le patient anglais

06/09/2016
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L'autoproclamée "bible du football" publie aujourd'hui une longue interview de Henri Saivet. Troisième extrait.

 

"Quand je suis arrivé là-bas, je me suis dit que les Français qui s'étaient plantés à Newcastle avait sûrement lâché. Ce n'était pas possible autrement. Puis j'ai beaucoup observé. Et je me suis vite rendu compte que les Français qui jouaient peu, étaient aussi bons voire meilleurs que les Anglais. Je me suis donc demandé quelle était la politique de ce club. Pourquoi faire venir des Français pour ne pas les faire jouer ? C'était bête. Gouffran ou Obertan, par exemple, étaient, pour moi beaucoup plus forts que les titulaires.

 

Quand je suis arrivé, le discours du coach a été éclair. Je devais jouer. La concurrence ne me fait pas peur à partir du moment où le meilleur est aligné. Pour mon premier match, je suis entré contre West Ham, ça s'est bien passé. Ensuite on est allé à Watford, on a perdu et j'ai été sorti à la 55e. Le coach m'a dit qu'il m'avait sorti pour un choix tactique. Pas de problème. Ensuite, on joue à Everton. Je sors à la même minute avec la même explication. Quand je suis arrivé sur le banc, un joueur anglais m'a demandé pourquoi j'étais sorti. Il me disait que j'étais le meilleur sur le terrain. A partir de là, plus rien. Je n'ai plus joué.

 

Le coach venait me voir pour me dire qu'il était content de moi, qu'il n'avait rien à me reprocher, que je devais continuer. Mais les matches passaient et il me répétait toujours la même chose. A un moment, je lui ai demandé ce qu'il se passait. Je voulais savoir ce qu'il avait contre moi. Si je ne jouais pas, c'est que quelque chose n'allait pas. Mais il continuait à me dire qu'il était content de moi. C'était bizarre… L'arrivée de Rafa Benitez n'a rien changé à ma situation. Il m'a dit que j'étais un joueur de qualité, que j'étais bon, et m'envoyait en réserve. L'entraîneur de la réserve ne comprenait pas. Il montrait les images de mes matches à Benitez, qui m'a réintégré dans le groupe, sans me faire jouer.

 

Dans des moments comme ça, il faut mettre son ego de côté. C'est très compliqué pour un entraîneur de concerner tout le monde. Des joueurs ne voulaient plus s'entraîner. Franchement, la mentalité de certains, c'était n'importe quoi. Alors que nous, les Français, on n'était pas du tout comme ça. Je n'allais même plus en réserve. Ils avaient peur que je me blesse et que je ne puisse pas revenir dans le groupe. Je n'avais pas de compétition. J'avais été recruté pour jouer et je ne jouais pas. C'était horrible. T'es là, tu ne sers à rien. Ça a été long et compliqué. Parfois, aux entraînements, j'étais à la limite de basculer, de péter les plombs. Mais ça aurait été complètement bête. Je prenais sur moi, il fallait que je tienne jusqu'à la fin de la saison. Je savais que je n'allais pas rester.

 

A un moment donné, tu rentres chez toi et tu te demandes : "Je suis devenu si nul que ça ?" Parfois j'avais des doutes. Je me disais que j'étais nul. J'allais au stade, je regardais le match, et je me disais : "Je ne peux vraiment pas jouer dans cette équipe-là ?" Je rentrais chez moi, j'avais envie de péter les plombs. Les mecs n'étaient pas meilleurs que moi. Si ça avait été le cas, je l'aurais accepté sans problème. Je suis honnête. Je donnais tout à l'entraînement, des fois on me mettait même en défense centrale… C'est quoi ce délire ? Un jour, un adjoint est venu me dire : "Je te mets au milieu, t'es bon. Je te mets derrière, t'es bon. La prochaine fois je te mets où ?" Ouais, OK, je suis bon mais je ne joue pas."

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