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"Un kop vide pour une équipe morbide": Un slogan qui résonne encore comme une cassure pour de nombreux supporters...


La feuille de match
Samedi 30 novembre 2002 - Championnat de France de L2 - Stade Geoffroy-Guichard
17e journée: ASSE 0-0 Châteauroux
Spectateurs: 11.831 - Arbitre: M. Thual

ASSE: Janot, Carteron, Hognon, Oliveira (Hernandez 78e), Olesen, Garcia, Sablé, Razak (Guillou 36e), Hellebuyck, Compan, Dogbé (Bangoura 41e). Entraîneur: Frédéric Antonetti
Châteauroux: Roche, Dujeux, Jeannel, Morestin, Béhi, Clément, Sidibé, Roudet, Ferreira, Deschamps (Dossevi 75e), Bugnet (Beneforti 59e). Entraîneur: Thierry Froger

Expulsions: Carteron (27e) pour l'ASSE. Béhi (27e) pour Châteauroux



Le contexte du match
"Un kop vide pour une équipe morbide". Le décor de ce match était planté avec cette sinistre banderole déployée dans un kop Nord désert. Pour beaucoup, la tache laissée sur le public stéphanois par ce triste épisode est indélébile.
Pour ne pas oublier, relisons l'article écrit par Timick, à froid, au lendemain du match:

11 contre 11.000
Samedi soir, j'ai eu honte. Pas de mon équipe, qui a fait ce qu'elle a pu vu les circonstances, mais du public. "On veut une équipe digne de son public" ont martelé certains spectateurs contre Châteauroux. Ah bon ??
Une équipe désunie ? Une équipe d'infidèles et de menteurs ? Une équipe insultante ? Une équipe autoritaire dont deux ou trois membres imposeraient à tous les autres des décisions arbitraires ? Une équipe qui enfin ferait pression sur ses dirigeants ?

Oui, tout cela paraît inconcevable et ridicule. C'est pourtant exactement l'attitude adoptée samedi par une partie des spectateurs, celle-là même qui se présente sans rire comme la championne de la dignité et l'exemple à suivre.
- Désunis puisque certains continuent de chanter quand d'autres font grève et huent sans vergogne leurs joueurs.
- Infidèles et menteurs lorsqu'ils imposent le silence et la défiance alors que leurs chants habituels clament "On sera toujours là, on chantera pour toi".
- Insultants lorsque les banderoles déployées sont "Vous êtes des merdes".
- Autoritaires lorsque la volonté de quelques uns de fermer une tribune fait peu de cas de l'avis de la majorité des supporters.
- Faisant pression sur les dirigeants lorsque les communiqués d'avant-match préviennent de manière sibylline que si la tribune n'est pas fermée, "personne ne peut savoir ce qui se passera".

Tout cela vous paraît exagéré et incompréhensible alors qu'une douce musique maintes fois entendue fait part de l'exemplarité et de la fidélité sans faille du public stéphanois ? Pourtant, tout ce que je dis là, je l'ai vu, lu ou entendu samedi soir à Geoffroy-Guichard. Et tout le reste aussi. Fin des dernières illusions sur notre public.



Du jamais vu... et on espère pour longtemps


Le match ASSE-Châteauroux constitue une fracture. Les joueurs ont évolué dans une atmosphère viciée dès le départ, dans des conditions psychologiques détestables dès l'échauffement. Les joueurs les plus forts mentalement, Olesen, Hognon, Compan, Sablé ont été bons. Et alors ? Ils ont été mis dans le même sac que les autres, qui eux avaient la tête sous l'eau, et sont sortis sous les quolibets et la bronca. Mendy n'a pas joué une seule minute et pourtant à sa sortie du stade, il s'est fait traiter de chèvre (bêlements à l'appui) par une vingtaine de "courageux" qui vociféraient dans son dos mais pas en face de lui.
Jouer 90 minutes capitales dans ces conditions a, comme on pouvait s'y attendre, tétanisé les Verts, anxieux à l'idée de rater un contrôle ou une passe, rechignant à tenter un dribble de peur de le manquer sous les huées. Sérieusement, qui aurait voulu samedi dernier être à la place de Oliveira, de Razak ou de Dogbé ? Dans ce contexte pourri, ce n'étaient plus des joueurs de foot, mais des gladiateurs entrant dans une arène hostile: "Ave public, Morituri te salutant" ("ceux qui vont mourir te saluent").



Une idée de l'ambiance d'avant-match...


Triste soirée: malgré cela, ils ont tout de même sauvé un point et maintenu l'invincibilité à domicile. Ce n'était pas gagné d'avance.
Les joueurs stéphanois étaient 11, puis 10 après l'expulsion de Carteron, contre 11.000. Mais où est passé le public des Verts ? Celui qu'on louait pour sa fidélité, celui qui était toujours derrière ses joueurs même dans les mauvais moments... Il n'a pas pu se muer en cette espèce d'ensemble hétéroclite de gens haineux, abandonnant les tribunes et leur équipe dans une période aussi difficile, sifflant même les éléments plus combatifs tels Hognon ou Olesen.... Eh bien si !!

Samedi soir, dans les travées de Geoffroy-Guichard, il y avait deux camps. Les premiers ont encouragé leur équipe (notamment en Snella supérieure). Les seconds avaient choisi de faire grève, de huer (et non de rester silencieux), et de réclamer "une équipe digne de son public"...



Le Saviez-vous ?
- Le Kop Nord est donc fermé sous la pression des membres du groupe ultra Magic Fans 91, ceux-ci devaient dans un premier temps rester hors du stade et ne pas assister à la rencontre. Finalement beaucoup d'entre eux, ainsi que les occupants du kop Nord non-ultras, suivront la rencontre depuis la partie de la tribune Henri-Point habituellement réservée aux supporters visiteurs.

- Le kop Sud n'est pas en reste avec une banderole déployée par les Green angels et intitulée: "C'est vrai, vous êtes des merdes". Celle-ci fait suite aux propos de Julien Sablé tenus après à la défaite à Aurillac en Coupe de France une semaine plus tôt: "Ce soir, on a joué comme des merdes"

- Le mot d'ordre donné par les groupes de supporters est de garder le silence. En fait de silence, ce seront plutôt sifflets et injures qui accompagneront les joueurs stéphanois durant la rencontre. On notera notamment les sorties sous les huées d'Ibrahim Razak et de Mickaël Dogbé et des insultes contre Anthony Garcia lorsqu'il viendra tirer les corners devant le kop Nord. En kop Sud inférieur où le silence est également décrété ce soir-là, de nombreux supporters encourageront malgré tout leur équipe.

- Au printemps, l'ASSE terminera finalement à la 9e place du championnat et remontera en Ligue 1 à l'issue de la saison suivante. Quant à la Berrichonne de Chateauroux, elle finira 5e, jouera la C3 en 2004 (finaliste de la Coupe de France) mais subira une lente dégringolade qui s'achèvera par une relégation en National à l'été 2015.

- Laurent Morestin, capitaine de Châteauroux ce soir-là, ne se doute sûrement pas qu'il participera à l'aventure de la remontée en Ligue 1 sous les couleurs vertes lors de la saison 2003-04. Et dans une ambiance bien meilleure !

- Thomas Dossevi, entré en jeu pour Châteauroux, retrouve ici son coéquipier en sélection nationale du Togo, le Stéphanois Mickaël Dogbé. Le premier participera même à la Coupe du Monde 2006 avec son pays (et notamment contre la France), tandis que le second ne réussira pas à décrocher sa place parmi les 23 Togolais.