6 novembre 1974 : ASSE 5-1 Hajduk Split (ap) - 8e de finale retour de C1

Un Ange passe sur France Culture (2)

Du 9 au 13 juin prochain, entre 20h00 et 20h30, la radio France Culture diffusera dans "A voix nue" un long entretien de Dominique Rocheteau. L'Ange Vert revient longuement sur ses vertes années, comme l'atteste ce deuxième extrait.

"J’ai pris conscience que j’avais une certaine faculté quand j’étais gamin, parce que je marquais beaucoup de buts. Pour moi, le foot consistait à marquer des buts, jouer avec les copains, bien sûr, mais surtout à marquer. Quand je suis arrivé à Saint-Etienne, j’ai compris que le football était aussi autre chose. Ce club m’a apporté le sens du collectif, le plaisir de jouer avec ses partenaires, de faire une passe pour son copain. L’ASSE, c’était le meilleur club français à l’époque, déjà champion de France, ayant réalisé des exploits en coupe d’Europe dans les années 1960. Le club avait déjà accueilli beaucoup de grands joueurs comme Keita, Herbin, Jacquet, et de grands entraîneurs passionnés (Snella, Batteux) qui ont apporté des valeurs telle que la rigueur qui manquait peut-être au football français à l’époque. C’est aussi pour cela que l’ASSE était en avance sur d’autres clubs.

Ce sont les hommes qui font un club. La ville de Saint-Etienne était une ville de mineurs, de gens qui s’identifiaient à leur équipe, aux joueurs, avec des valeurs de dureté, de travail, de solidarité. Ce ne sont pas des vains mots : à Saint-Etienne, nous parlons encore de ces valeurs et nous essayons de les conserver. On intègre facilement ces valeurs en regardant les autres, en voyant comment les choses se passent, en allant voir les matches, les supporters, les gens qui vivent pour le club. Cette ville vit à l’heure du football, il se joue vraiment une identification forte entre les supporters et les joueurs, un courant passe. Les supporters veulent des joueurs qui mouillent le maillot, qui donnent tout pour le club.

Quand je suis arrivé à Sainté, j’aimais bien Salif Keita, un grand joueur, j’aimais surtout les attaquants. Mais mes idoles étaient plutôt des musiciens de groupes de rock et non pas des joueurs de foot. J’ai très tôt été nourri par la musique anglo-saxonne, californienne en particulier. J’ai joué de la guitare, de la batterie à un rythme effréné. J’ai essayé mais je n’étais pas un musicien au sent total, j’étais plus mélomane que musicien. Mes idoles étaient Robert Plant, Keith Richards, John Bonham, Jimmy Page. J’ai quand même fait un jingle au début de Canal Plus. J’étais fier car Gainsbourg en avait fait un pour les enfants. Il fallait un jingle pour le sport et c’est à moi qu’ils ont fait appel. J’ai fait un petit enregistrement de batterie et de percussions qui est resté quelques temps sur Canal.

Quand j’étais stagiaire à l’ASSE, le doute s’est installé au moment de mes blessures. Pendant ces trois années, j’ai été blessé souvent. J’étais attaquant, donc un joueur à risque, très près de l’adversaire. J’ai eu quelques opérations. C’était difficile et j’ai plusieurs fois eu envie de repartir chez moi, dans ma région, pour reprendre le métier de mon père, ostréiculteur. Après, je me suis battu. L’année charnière a été celle passée au Bataillon de Joinville où j’ai beaucoup travaillé, et tout s’est enchaîné. J’ai joué rapidement en équipe de France, appelé par le sélectionneur Stefan Kovacs. Ma carrière a vraiment démarré à l’âge de dix-neuf ans."