Le petit Saliba est devenu grand

14/06/2026
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S'étant entraîné normalement hier après avoir été ménagé deux semaines en raison de douleurs dorsales, le champion d'Angleterre William Saliba s'est longuement confié à France Football avant de défier les Lions de la Teranga après-demain soir en Coupe du Monde. Extraits.

"A Bondy je jouais attaquant. J'étais plutôt bon d'ailleurs. Mais quand j'ai signé à Montfermeil en U15, le coach m'a dit que c'était un peu bouché devant et au milieu, j'ai dit que je pouvais jouer défenseur central car je l'avais déjà fait. J'avais 14 ans et je voulais absolument signer en DH car c'est là que sont tous les recruteurs. Donc, je n'ai eu aucun problème à dire que je pouvais jouer en défense. Bien sûr, si j'avais pu, je serais devenu numéro 9 pour marquer 30 buts par saison. (Rires.) Mais je n'ai jamais eu d'amertume. De toute façon, s'il avait fallu jouer latéral ou même gardien, je l'aurais fait. Moi, je voulais juste devenir pro. J'aime trop le foot, je voulais en faire ma vie. Je ne vis que pour le foot, je pourrais mourir pour le foot. C'était vraiment ça ou rien, je n'avais pas de plan B. Si ça n'avait pas marché, j'aurais fait un boulot simple, animateur par exemple.

J'ai toujours été comme ça, décontracté. Chez les jeunes, j'étais un peu plus foufou balle au pied, je pouvais éliminer deux ou trois adversaires pour remonter la balle. Il y avait une forme d'inconscience chez moi. C'est en pro que j'ai commencé à me calmer, je mesure mieux les risques. Mais c'est vrai que mon passé de joueur offensif fait que je n'ai pas la fièvre avec le ballon quand il y a la pression. À la limite, le stress était un peu plus en dehors des terrains. Je voulais tellement devenir pro que je m'étais mis en tête de signer dans un club dès les U13. Et je n'étais jamais pris alors que des potes d'enfance, eux, signaient un peu partout. Parfois, je me disais : "C'est mort, je ne serai jamais pris, je vais devoir rester au quartier." Finalement, ça s'est décanté avec Montfermeil puis en entrant au centre de formation de Saint-Étienne.

Mais les six premiers mois, c'était l'enfer, j'étais très loin de mon quartier, je pleurais tout le temps dans ma chambre. Faut vraiment t'accrocher à ton rêve les premiers temps, sinon tu lâches, c'est trop difficile. Il n'y a pas tes potes pour te changer les idées, pas non plus ta famille pour te réconforter, te faire de bons trucs à manger... Au centre, quand j'avais faim, je descendais, il y avait juste des petits pois, j'avais envie de pleurer. (Rires.) Après, six mois après mon arrivée, quand je reçois ma première convocation en équipe de France U16, là je me dis que j'ai bien fait de serrer les dents. Quand t'enfiles le survêt'avec le coq sur la poitrine, là ça devient sérieux. Tu fais partie des meilleurs de France à ton âge, ça veut dire quelque chose car on est en France, c'est dur, le niveau est dingue à tous les âges.

Jusqu'en U12 ou U13, dans les tournois j'étais bon, mais les recruteurs ne faisaient pas forcément attention à moi, ils cherchaient plutôt des profils ailiers dribbleurs ou numéro 10, alors que moi j'étais un attaquant grand, costaud, un peu nonchalant, ça ne les intéressait pas trop. Finalement, c'est vraiment en pro que Jean-Louis Gasset, paix à son âme, m'a dit : "J'ai vu Varane, coaché Kimpembe. Toi, t'es spécial. Petit, tu vas devenir un grand." Et comme ce n'était pas le genre à envoyer des fleurs, il le pensait forcément. Et, quelques mois plus tard, je signe à Arsenal.

C'est clair que quand je rate quelque chose, les gens ont tendance à penser que c'est de la nonchalance. Alors qu'à chaque fois, je fais au mieux, je ne suis pas négligent. Simplement, mon style un peu relâché donne cette impression. Mais, si vous regardez bien, je montre davantage d'agressivité qu'avant. Ça vient du coach Arteta, il me dit que le body language compte, que ce soit dans le couloir avant le match, ou même en interview d'après-match où il m'a dit qu'il ne fallait pas trop sourire. (Rires.) Il faut que tout le monde ressente que je suis dur."

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