Montanier le maestro

25/04/2026
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Ayant de bonnes chances de vivre sa 4e montée, Philippe Montanier s'est confié avant le choc contre Troyes à Maestro Show, le podcast de la L2. Extraits.

"Ce que je ressens après avoir retrouvé un banc  ? Beaucoup de plaisir. C'est vrai qu'après 2 ans et demi, j'ai beaucoup d'énergie, beaucoup d'impatience aussi, d'excitation. C'est plaisant de refaire son métier, surtout dans un club comme celui-ci. Ce que ça fait de retrouver le rythme d'un entraîneur, surtout à l'AS Saint-Etienne ? C'est comme le vélo, ça ne se perd pas. On se remet tout de suite dedans. Encore plus quand on arrive comme ça en court de saison, où on doit être vite opérationnel. Comme si les 2 ans et demi n'avaient pas existé, j'ai retrouvé tout de suite les sensations et les repères.

Notre défaite à Bastia ? Déjà, c'était la première défaite ensemble. Ça fait 3 ans que je n'ai pas connu de défaite. Avec Toulouse, après la Coupe de France, on avait réussi à rester invaincus pendant un mois. Forcément, c'est un goût très amer qui vous reste dans la bouche, mais on sait que la défaite fait partie de notre métier aussi. J'ai joué 16 ans comme joueur, 25 comme entraîneur. Je ne peux même pas vous dire le nombre de victoires ou de défaites que j'ai connues. Le plus important pour nous, c'est vite se transposer sur le prochain match. La défaite est passée, on ne peut plus rien y changer. Ce qui compte, c'est le match de samedi.

On va jouer un top match. On va jouer l'équipe qui est première au championnat, dans un Chaudron qui va être un guichets fermés. Tous ces éléments-là, forcément, sont motivants. C'est des matchs que tout le monde a envie de jouer, mais il va falloir aussi bien canaliser cette motivation. Quand je suis arrivé, on était 5e à 4 points du premier [à 7 longueurs de Troyes en réalité, ndp2]. Je savais qu'on n'avait pas beaucoup de marge, qu'il fallait enchaîner les performances et que ça serait serré jusqu'au bout. Donc, ce n'est pas une surprise.

Si je prête attention aux résultat de nos adversaires ? On ne peut rien y faire, malheureusement. On ne peut avoir qu'une action, c'est sur notre match. Donc, on prépare sur notre match et après, on voit. Aujourd'hui, nous avons toujours notre destin entre nos mains, ce qui ne change pas la problématique. La problématique, c'est toujours de gagner le prochain match. Avant de penser à Rodez et Amiens, on est plus focus sur Troyes. C'est d'une banalité déconcertante mais on va prendre les matchs les uns après les autres, avec l'envie et la volonté de les gagner. Et puis après, on fera les comptes. On a un avantage, c'est qu'on a un public énorme. Donc, en termes de motivation, on a le douzième homme avec nous.

Pour moi, l'Estac c'est la meilleure équipe de Ligue 2. Les résultats sont là. Ils sont premiers pratiquement depuis le début de la saison, avec un entraîneur, Stéphane Dumont, qui fait du bon travail, qui est parti d'en bas. On voit que les dirigeants de l'Estac ont eu raison de lui faire confiance, de lui maintenir sa confiance, je sais que quand il est arrivé, ce n'était pas évident. Mais cette stabilité, avec la qualité des joueurs qu'ils ont, leur permet d'être leaders de ce championnat. Je trouve qu'il faut surtout retenir leur collectif. Bien sûr, ils ont des individualités, ils ont des très bons joueurs, mais c'est surtout leur collectif qui leur a permis de gagner durablement, et c'est le collectif qui est plus à craindre qu'une ou deux individualités, même s'ils en ont à tous les étages.

En quoi l'expérience de mes précédentes montées avec Boulogne, Lens et Toulouse peut m'aider sur ces derniers matchs ? Le fait de rester calme, quoi qu'il arrive. Ici, on sait très bien que lorsqu'on gagne un match, comme le dernier à domicile, ça s'enflamme beaucoup. Quand on perd à Bastia, on peut être déprimé. L'expérience me dit qu'il faut essayer d'avoir une maîtrise émotionnelle constante, que ce soit en haut ou en bas, et surtout ne pas se disperser et se concentrer à chaque fois sur l'objectif de la semaine et le match du samedi.

Forcément, les joueurs n'ont pas apprécié la défaite à Bastia, mais ça fait partie de notre métier. Les joueurs, ce n'est pas la première fois pour la plupart, pour tous, qu'ils perdent un match. Ça faisait longtemps mais ils ont une carrière. Sur les 5, 10 dernières années, on peut dire que ce n'est pas la première fois qu'ils connaissent la défaite. Ça ne fait pas plaisir. Forcément, ça touche toujours un peu, mais on a toujours cette résilience de tourner la page et d'écrire une autre page avec le prochain match.

Les premières choses que j'ai mises en place à mon arrivée ? C'était de vite retrouver une cohésion, notamment défensive, parce que je crois que c'était la 9e défense [la 10e en fait, ndp2], et pour monter, il faut être dans les 2 ou 3 premières. Il fallait retrouver cette solidité défensive. Et puis continuer aussi, bien sûr, pour gagner les matchs, à performer en attaque. On a plutôt une attaque d'un bon niveau. Avec des bons joueurs. Mais on voit, le dernier match le prouve, que ça ne suffit pas toujours, qu'il y a d'autres ingrédients dont on a besoin.

A mon arrivée, je me suis concentré sur le diagnostic. Il fallait mettre en place déjà les principes défensifs. Le diagnostic, je l'avais déjà fait un peu avant car je continuais à suivre le championnat de Ligue 2, et notamment Saint-Étienne. Et puis après, il y a ce qu'on constate aussi lors de l'entraînement. On découvre certains joueurs, peut-être avec un angle différent que ce que l'on peut observer à la télévision, par exemple. On s'aperçoit qu'il y a des caractéristiques qu'on peut exploiter un peu plus. On peut constater les points à améliorer de visu à l'entraînement.

Quand je suis arrivé, mon message a été plutôt clair et calme. Je pense qu'il y avait surtout besoin de rassurer les joueurs. Ils sortaient d'une défaite à domicile à Boulogne, étaient cinquièmes avec cet état d'esprit de se dire "la montée, c'est foutu". Le discours, c'était de ne pas s'occuper de la montée. Parce que l'objectif, le résultat est qu'une conséquence de ce qu'on va faire, de se concentrer surtout sur ce qu'on va faire pour le prochain match. Et d'y aller étape par étape. Et puis après, d'être cinquième, d'être quatrième, d'être troisième, d'être deuxième. Et puis après, le plus dur, c'est de se maintenir dans les deux premières places.

J'ai maintenu ce discours. Il ne faut pas se disperser, il ne faut pas se projeter. Parce que j'appelle ça du football fiction, c'est plus votre rôle, vous, les journalistes, de parler, de calculer, etc. Nous, on a juste à bien se préparer la semaine pour être prêt le samedi. Avant d'arriver, je suivais déjà les matches de l'ASSE, ça m'a beaucoup aidé bien sûr parce que j'avais une bonne connaissance de l'effectif. La recette pour faire revenir Lucas Stassin au premier plan ? Il ne fallait pas qu'il pense à marquer des buts, il fallait juste qu'il pense à bien s'entraîner, à aider l'équipe. Il a toujours marqué des buts depuis tout petit. Tous les attaquants, même les très grands, connaissent des passages à vide. Le but c'est de se concentrer, de travailler, d'être bon collectivement, d'apporter à l'équipe, et les choses reviennent naturellement.

Je pense que les joueurs ont conscience de l'enjeu. Dans un tel club avec un tel passé, avec de telles ambitions, ils sont conscients de leurs objectifs. Après, il faut bien recadrer, dire que l'objectif est une chose, mais comment on va faire ? C'est sur le comment qu'il faut se concentrer. Vous sentez quand même des joueurs plus concernés ? C'est difficile à moi de dire, parce qu'avant je n'étais pas là, je ne pouvais pas vivre ça au cœur, mais c'est sûr que l'application et l'implication c'est deux éléments importants.

Je suis très heureux d'entraîner Saint-Étienne parce que c'est pour moi, le club de cœur, un club historique. On voit la ferveur. Je crois qu'il y avait plus de 100 000 demandes pour ce match contre Troyes. C'est un club particulier, moi, qui m'est cher, où j'ai fait ma dernière année de joueur ici. Forcément, c'est un grand plaisir de revenir ici. Si je suis toujours surpris par cette ferveur ? Oui, quand même, parce qu'on se dit que ça va s'essouffer. Moi, je l'ai connu en 1976. C'était l'épopée de la finale de la Champions League. Là, on n'est qu'en deuxième division, mais on voit qu'il y a une transmission des valeurs, même entre supporters. On voit des jeunes qui n'ont pas connu des grands moments de foot à Geoffroy-Guichard, mais qui sont toujours là. .Il y a une vraie transmission de génération en génération. Et du coup, la ferveur a continué. Et quels que soient les résultats, quel que soit le classement de l'équipe, on voit bien que la ferveur ne faiblit jamais.

J'ai entraîné Lens, il y a quand même une similitude entre les deux clubs. La ferveur, mais aussi, c'est un pays minier où les gens travaillent dur. On voit bien qu'il y a les mêmes valeurs dans les deux villes. C'est sûr que nous, que ce soit dans les causeries ou ailleurs, on sait qu'on joue pour eux, pour nos supporters, parce qu'on peut rendre heureux les gens. Il y a très peu de métiers qui peuvent faire ça. Le club est plus grand que nous. On doit être là pour servir le club. Le but, c'est bien sûr de rappeler aux joueurs qu'on a des droits, mais on a aussi surtout beaucoup de devoirs vis-à-vis du club et de nos supporters.

Si je ne veux pas entendre parler des playoffs ? Il faut être prêt à tout. Pour l'instant, je dis que c'est de la spéculation, du football fiction. Ça ne me dérange pas que les autres la fassent, mais nous, on ne doit pas être là-dedans. On doit juste se préparer. Troyes, puis après, on voit. L'idéal, c'est de gagner tous les matchs. Et se préparer pour ça."

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