Kastendeuch, vert d'espoir et vert de rage
27/10/2025

Dans son autobiographie (très bien écrite) Derrière le masque parue le 15 octobre aux éditions des Paraiges (une maison messine, forcément), l'ancien défenseur stéphanois Sylvain Kastendeuch (62 ans) revient sur ses vertes années (1990-1993) dans un chapitre intitulé "Vert d'espoir, vert de rage." Extraits.
"Sur la planète foot, Saint-Etienne se distingue par cette connexion charnelle inouïe entre une ville, un peuple, des supporters et un club, coeur battant de la cité, centre névralgique d'un territoire. Il faut l'avoir éprouvée du fond de ses tripes pour comprendre la dimension quasi mystique de ce lieu unique où le ballon rond est élevé au rang de religion, avec le stade Geoffroy-Guichard comme intimidante cathédrale. A "Sainté", la vie entière tourne autour des Verts.
Je suis tombé en pâmoison devant cette équipe durant l'enfance, subjugué par la folle cavalcade européenne de 1976 qui transcenda le pays. Considéré avec distance, quand ce n'était pas avec condescendance de la part d'une frange de l'autoproclamée intelligentsia parisienne, le foot d'alors n'était pas un sujet de société, il était loin d'occuper le devant de la scène dans l'actualité. Sous l'impulsion des Verts, la donne a commencé à changer. Vu de France, jamais un club n'avait déclenché un tel courant de sympathie, jamais des footballeurs n'avaient déchaîné autant de passion à leur suite.
Je me souviens... Les soirs de match de Coupe d'Europe, on se rassemblait comme un seul homme devant le poste de télévision chez un oncle ou chez des amis. Toute la semaine, les performances des Curkovic, Piazza, Lopez, Revelli, Bathenay et autres Rocheteau - adulés comme le sont les rock-stars, au même titre que les Beatles - occupaient nos discussions de cour de récré. Cette équipe aux cheveux fournis se caractérisait par un panache décoiffant, guidée par un romantisme et un idéal de jeu qui touchaient en pleine poitrine le môme de 13 ans que j'étais. Des fantasmes plein les yeux, des héros à imiter.
De manière ironique, c'est malheureusement l'une de ces figures emblématiques de 1976 qui brisera beaucoup de cet idéal que je m'étais construit une fois que je serai devenu à mon tour joueur de l'AS Saint-Etienne, m'inscrivant avec émotion dans les pas de mes idoles d'hier et de leurs exploits indélébiles. Par la faute de Jean-Michel Larqué, puisque c'est de lui qu'il s'agit, ce beau romantisme s'est fragmenté dans une ambiance indescriptible de chaos, entre incompréhension totale et immense brutalité, dont j'aurai du mal à me relever."
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