ZEbet mise encore plus sur Sainté (2)
12/06/2021

Comme le souligne Jérôme Latta dans Le Monde, la montée en puissance de ZEbet à l'ASSE pose question. Extraits.
"Dopés par la crise et une communication agressive, les paris sportifs poursuivent leur croissance malgré les dégâts sanitaires et sociaux qu’ils provoquent. En début de mois, l’AS Saint-Étienne a présenté son nouveau sponsor maillot principal pour la saison prochaine, Zebet, opérateur de paris sportifs qui était déjà son partenaire. Les Verts rejoignent le Montpellier Hérault dans la catégorie des clubs de Ligue 1 présentant un bookmaker sur la face avant de leur tunique.
L’information n’a pas suscité beaucoup d’émoi. Peut-être parce que les sociétés de paris sportifs saturent déjà l’espace médiatique du football : publicités en haute rotation à l’occasion des matches et des émissions, parrainage de ces dernières, partenariats avec des journalistes sportifs et des influenceurs, activité intensive sur les réseaux sociaux, développement de "médias de marque", etc. Elles sont partout, et cette industrie déjà florissante a même bénéficié de la crise.
Pourtant, chez nos voisins, cette colonisation ne va plus de soi. L’interdiction du sponsoring maillot est en vigueur en Italie, est sur le point de l’être en Espagne (41 équipes concernées sur 42 dans les deux premières divisions) et est envisagée au Royaume-Uni (26 sponsors maillot principaux sur 44 en Premier League et Championship – lire l’article de God Save the Foot). En Allemagne, les partenariats se font discrets, et sont rares sur les tenues.
Aujourd’hui, alors que les clubs français demandent des aides publiques et des allègements fiscaux ou sociaux pour surmonter la crise, on imagine mal le gouvernement et sa majorité leur infliger un tour de vis législatif. Le problème de santé publique passe après la survie du football national – il passait déjà après les intérêts du marché (et de l’État au travers de ses prélèvements).
Les scrupules ne sont donc pas de mise. Depuis juillet 2020, Betclic est « plateforme officielle » des Ligue 1 et Ligue 2, un partenariat salué par la Ligue comme offrant « des opportunités intéressantes pour recruter et engager de nouveaux fans sur le digital, notamment les 18-35 ans », tandis que le directeur général d’alors, Didier Quillot, se réjouissait de s’associer à « une entreprise moderne et forte auprès des jeunes ».
La Ligue se félicitait ainsi… de contribuer à un problème sanitaire et social majeur : les effets délétères des paris sportifs – addiction, pertes excessives – sont abondamment documentés (lire l’enquête du Bondy Blog). Or les pratiques à risques sont beaucoup plus fréquentes dans les paris sportifs que dans les autres jeux d’argent, note l’Observatoire des jeux (ODJ). La popularité du football, l’illusion de le connaître et donc d’avoir prise sur le hasard, l’excitation des matches y contribuent.
Neuf parieurs sur dix sont des hommes, un sur trois a entre 18 à 24 ans, et un sur trois de 25 à 34 ans, selon les données de l’ANJ. Deux tiers des mises sont le fait de joueurs classés « problématiques », dont l’ODJ précise le profil : « appartenant à des milieux sociaux modestes, ayant un niveau d’éducation et des revenus inférieurs à ceux des autres joueurs (…) moins actifs que l’ensemble des joueurs et plus fréquemment chômeurs ».
Quand l’enjeu est de rallier et de fidéliser une clientèle jeune et populaire, les ambiguïtés envers la prévention du jeu des mineurs, interdit par la loi, sont inévitables, voire cultivées. Les messages réglementaires sont dérisoires en regard du discours délivré. Selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies, quatre jeunes de dix-sept ans sur dix avaient parié au moins une fois en 2019…
Le problème est d’avoir autorisé et dérégulé une activité nocive en soi, que l’encadrement réglementaire et les obligations de prévention ne peuvent limiter qu’à la marge. Que peut un avertissement en filigrane comme « Famille, vie sociale, santé financière. Êtes-vous prêt à tout miser ? » face à la puissance de feu des bookmakers ?
En cette année 2021 qui a révélé l’ampleur des maux du football, rien ne va donc s’opposer à la présence endémique des opérateurs dans le football français et les médias spécialisés – qui n’ont aucun intérêt à mettre sur la sellette de si généreux annonceurs.
Dépendance et mise en danger économique des parieurs ne sont pas des effets indésirables marginaux que l’on pourrait réellement encadrer et maîtriser, ils sont au cœur du prospère modèle économique de cette industrie, dont le principe même est de mettre toutes les chances de son côté."
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