Les formidables étoiles de la galaxie verte

24/04/2026
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Dans leur biographie Albert Batteux, une autre idée du football paru le mois dernier aux éditions Le Condottiere, les historiens Marc Barreaud et Alain Colzy rappellent que le successeur de Jean Snella aura eu la chance d'entraîner les deux meilleurs joueurs de l'histoire de l'ASSE.

"S’ils n’évoluaient pas tout à fait dans le même registre, Mekhloufi et Keita, les deux géants verts, avaient de nombreux points communs. Tous deux placés en soutien de l’avant-centre nominal, ils partageaient un goût prononcé pour les prouesses techniques et un art du dribble porté à son zénith. Situé un peu plus haut sur le terrain que Mekhloufi, Keita se spécialisera dans le rôle de buteur au fil de son quinquennat stéphanois. Elancé, élégant, capable d’accélérer à tout moment, le Malien n’était pas le stratège, le meneur de jeu, le métronome de l’équipe que représenta longtemps son aîné algérien, mais il se montrait plus tranchant et pouvait réussir à marquer à n’importe quel moment de la partie, souvent au prix d’une action fulgurante et spectaculaire. Ses percées, enclenchées au rythme de sa course chaloupée, apparaissaient parfois irrésistibles.

Comme tous les grands attaquants, « Domingo » qui deviendra à Saint-Etienne « la Panthère Noire », se distinguait par son aptitude à créer, souvent tout seul, le mouvement, le déséquilibre que nul n’attendait. Il sentait le football comme tous les joueurs de classe ont le pouvoir de le faire. Moins constant, dans une certaine mesure, et peut-être davantage enclin à l’action individuelle que son aîné, parfois rebuté par les coups donnés par l’adversaire – « craintif » dira de lui Robert Herbin, Keita appartenait quoi qu’il en soit au cercle fermé des artistes de la balle. Mekhloufi aura eu davantage d’emprise que Keita sur le jeu de son équipe, au final, devenant le capitaine et l’âme de celle-ci quand il sera parvenu au faîte de sa carrière.

Il donna longtemps le la à l’équipe stéphanoise. Mais il n’en dut pas moins céder la place, comme chaque footballeur doit le faire ou jour ou l’autre, peut-être un peu trop tôt, parce qu’il se retrouvait en proie à une certaine lassitude physique et morale. Dans la géométrie stéphanoise de Batteux, l’un de ces solistes d’exception, voués l’un comme l’autre à diriger l’orchestre ou à lui donner le bon tempo, était de trop, en tout état de cause. Il n’y eut qu’un Kopa à Reims et chez les Bleus, il ne pouvait y avoir qu’un Keita à Saint-Etienne. Et si elles furent associées le temps d’une poignée de rencontres, les formidables étoiles de la galaxie verte n’auront fait que se croiser dans le ciel de du stade Geoffroy-Guichard comme si la naissance de l’une avait précipité l’extinction de l’autre."

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