Garande, la patience et la passion
Ancien attaquant des Verts et actuel entraîneur du Stade Malherbe de Caen, Patrice Garande se livre dans un entretien à paraître demain dans France Football. Extraits.
"Depuis toujours, j'ai peur de mal faire, cela me vient de mon père, qui était plombier. Il m'a toujours répété : "fais ce que tu veux dans la vie, mais sois le meilleur !" Quand j'ai quitté Oullins pour le centre de formation de Saint-Etienne, il m'a dit deux choses : "Prends garde à ce que je n'entende jamais dans la tribune que tu ne donnes pas tout sur le terrain" et "si dans deux ans tu n'as pas réussi, tu reviens et sur l'estafette il y aura écrit "Garande père et fils." Ce que je suis, je le lui dois. Pour moi, la réussite, c'est la différence entre ce qu'on a au départ et ce qu'on a à l'arrivée. Réussir par le travail, ce n'est pas péjoratif. Il y a des destins comme ça, il faut l'accepter.
Certains joueurs et entraîneurs ont des facultés, commencent tout en haut dès le départ, d'autres doivent faire leur apprentissage. Ça a été mon cas. Dans un coin de ma tête, évidemment que j'avais très envie d'entraîner un jour en L1. Mais, très honnêtement, l'idée que je ne coacherai jamais en pro ne m'a pas effleuré simplement parce que je ne me projette pas dans l'avenir. Mon bonheur, c'est d'être au quotidien dans un club. Comme coach, il m'a fallu faire mes armes. Toute l'histoire de ma vie de joueur et d'entraîneur a été marquée par la patience. Cela m'a donné des outils supplémentaires. Chez les amateurs, à Cherbourg, je m'occupais de tout, de la commande des chaussettes à l'organisation des déplacements et aux réunions de budget. Cela m'a fait comprendre plein de choses, toutes ces étapes m'ont enrichi.
Avant, j'étais casse-couilles pour tout : l'heure du coucher, du lever, la nourriture... J'avais une exigence incroyable, je voulais que les joueurs soient comme moi, qu'ils vivent mangent, dorment football. Mais ce n'est pas possible. Avoir la capacité de prendre du recul, se remettre en question, c'est normal. Quand les choses ne marchent pas, ce n'est pas toujours la faute des autres. Je communique toujours pour parler de mon équipe et de foot, pas pour me vendre. Je ne sais pas faire et je n'en ai pas envie. Je ne suis pas dans le "moi, je", je suis dans le "nous". En fait je n'ai pas un égo surdimentionné."