7 novembre 1979 : ASSE 6-0 PSV Eindhoven - 16e de finale retour de la Coupe UEFA

Legarda ne garde plus le silence

Ancien président du promu manceau, qui défiera le rélégué stéphanois samedi prochain à Geoffroy, Henri Legarda a enfin rompu le silence dans Le Maine Libre à l'occasion du 40e anniversaire du club sarthois. Extraits.

"Le football est particulièrement compliqué car il faut des infrastructures très lourdes. Que ce soit le centre d’entraînement que nous avons bâti et ouvert en 2008. Que ce soit le stade MMArena, renommé Marie-Marvingt depuis 3 ans... Il faut rappeler que le projet de construction de ce nouveau stade est parti d’incidents qu’il y avait eu en mars 2004, en marge du match au stade Léon-Bollée contre le PSG. Frédéric Thiriez, président de la LFP à l’époque, avait été agressé par des hooligans parisiens dans sa voiture, en présence de son fils, en arrivant au stade. 

Il était fou furieux, son fils de 6 ans était traumatisé. Il nous a réunis à la fin du match avec le maire Jean-Claude Boulard et le préfet pour nous rappeler que le club bénéficiait d’une dérogation d’accueillir des matches de Ligue 1. Et que si on ne lançait pas des plans pour faire un nouveau stade, il nous a assuré que l’on perdrait cette dérogation et donc que nous serions rétrogradés en Ligue 2. C’est pour ça que quand j’entends des gens dire qu’il ne fallait pas construire ce stade, ça me met en colère. Car il n’y avait pas d’autres possibilités.

Je ne me sens pas coupable de la liquidation judiciaire de 2013. J’ai assumé ma responsabilité de chef d’entreprise. À un moment donné, nous n’arrivions plus à faire face, du fait du coût que l’on payait pour le stade et du manque de spectateurs. Quand on a construit le business plan, nous avions tablé sur tant de spectateurs, tant de revenus et à un moment, on ne les avait plus. À Léon-Bollée, nous payions 380 000 € par an tout compris. Alors que le MMArena, ça nous coûtait 2,5 M€ pour son exploitation. Le stade, c’était quasiment un tiers du budget. 

Le football n’est pas une science exacte. Je suis chef d’entreprise depuis plus de 40 ans. Mais le football est complètement différent. Il y a beaucoup d’interrogations. Est-ce que le joueur que vous avez recruté va être très bon ? On est dans le sport. On gère des hommes, avec leurs talents, leurs défauts. Ce n’est pas un long fleuve tranquille de gérer un club de foot et les joueurs. Combien de fois j’ai été appelé, dérangé à cause d’excès de certains joueurs. J’avais une équipe très performante à ce moment-là, mais dans tous les domaines !

Les gens ne se rendent pas compte combien c’est compliqué. Il faut savoir tenir ses joueurs, avec une main de fer dans un gant de velours. Et quant à la gestion financière, combien de clubs connaissent des difficultés. Regardez, Jean-Michel Aulas à Lyon, il était pourtant considéré comme un excellent gestionnaire, non ? Et bien, quand il a vendu à Textor, il y avait déjà 130 M€ de pertes.  Lyon a d'ailleurs sauvé sa peau de justesse cet été, malgré une dette abyssale estimée à plus de 540 M€.

On voit bien qu’il y a deux poids deux mesures. Aujourd’hui, la plupart des clubs sont détenus par des fonds d’investissement, des familles richissimes et autres. Même en Ligue 2 : Troyes, Clermont… Si c’était si simple, pourquoi ont-ils été vendus ? Tout simplement, parce qu’il faut énormément d’argent maintenant pour diriger un club de foot. À mon époque, la plupart des présidents étaient actionnaires. Mais on peut citer bien d’autres exemples de clubs qui avaient des moyens : Saint-Etienne, Nantes… Si c’était aussi simple, tout le monde le ferait.

Je n’avais pas besoin d’aller dans le foot pour exister puisque j’étais déjà patron d’un groupe. Je l’ai fait par accident parce qu’on a racheté le club avec quelques actionnaires en 2001. Le club était en déficit et les collectivités ne voulaient plus mettre au pot. On était en Ligue 2. C’était un pari. Et au bout du compte, on a quand même fait 6 ans en Ligue 1. Est-ce que beaucoup de gens s’imaginaient ça, qu’ils verraient des grands matches et des grands joueurs au Mans ? Et on l’a fait. Retenons aussi ce qui est positif.

L'après-liquidation, c’était très difficile moralement. Surtout quand on considère avoir donné beaucoup de son temps, au détriment de sa famille. J’ai trouvé injuste qu’on me reproche autant de choses. On m’insultait dans la rue. J’entendais : "regarde, il se balade avec nos millions !" Alors que je pense avoir donné quand même beaucoup de bonheur aux Sarthois et aux passionnés de football. Je le répète, je n’ai jamais pris d’argent au club. J’ai toujours eu la conscience tranquille à ce niveau-là.

On a voulu aller vers le haut, permettre à la ville du Mans d’avoir une équipe en Ligue 1, avec des infrastructures à la hauteur. Aujourd’hui, le club dispose de tout ce qu’il faut. Je souhaite que Le Mans FC revive les heures que l’on a vécues. La plaie ne sera jamais complètement refermée mais je suis heureux de voir le club en Ligue 2. Je lui souhaite une grande réussite. Je trouve que Thierry Gomez a été courageux de venir pour aider le club à repartir et réussir à porter le club aujourd’hui en Ligue 2."