Ils étaient des porteurs de joie

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Dans Verts 76, les joueurs racontent leur légende, joli bouquin de Denis Chaumier paru ce mois d'octobre aux éditions Solar, Jean-Michel Larqué met en exergue les valeurs de l'équipe qui fêtera le 12 mai prochain les 50 ans de la mythique finale de Coupe d'Europe des Clubs Champions. Extraits.

"Nous étions des porteurs de joie, sans même avoir conscience que nous rendions les gens fiers autour de nous. Nous étions des enfants de la rue, des enfants d'ouvriers, des jeunes gens bien élevés et bien éduqués. Que ce soient Christian Synaeghel, orphelin de sa maman, Dominique Bathenay ou Christian Sarramagna, on peut prendre tous les joueurs un par un : ils ont tous reçu une belle éducation. Tous dans le même registre : humbles, consciencieux, jamais jaloux de leurs voisins, admiratifs de l'équipe dans laquelle ils jouaient. Elle était composée de personnalités aux origines différentes, avec une immense complicité entre jeunes et anciens, une extraordinaire confiance mutuelle et beaucoup de respect. 

Aujourd'hui encore, notre groupe reste totalement uni. Je ne suis pas sûr que beaucoup d'équipes résistent à cette épreuve du temps (...) Je pense que les Verts ont suscité de l'émotion et de la fierté chez les gens. Dans une ville comme Saint-Etienne, c'est une marque indélébile. Il y a eu une forme de sacralisation de nos rendez-vous européens. Ces fameuses soirées en famille ou avec les copains devant la télévision, avec le jambon, le saucisson, le pain et le beurre. Quand tu as 18 ou 20 ans, c'est une époque dont tu te souviens toute ta vie (...) Quand des quinquas ou plus t'arrêtent dans la rue pour te dire : "Vous nous avez fait passer des instants inoubliables !", c'est un vrai bonheur.

Il n'y avait pas de locomotives pour tirer le football français, il n'y avait pas de droits télé, il n'y avait pas de réseaux sociaux, il n'y avait pas de rendez-vous iconiques. C'est dans ce contexte que Saint-Etienne a fini par émerger avec une équipe d'anonymes. On ne comptait pas beaucoup d'internationaux, mis à part Ivan Curkovic et Osvaldo Piazza, que personne ne connaissait, et de nombreux joueurs étaient issus du centre de formation. Pourtant, cette équipe, partout en France sauf à Marseille, jouait dans des stades où le vert dominait la couleur du club local. Le public comptait sur nous pour sortir le football français de l'ornière. Et c'est ce que nous avons fait."

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