7 novembre 1979 : ASSE 6-0 PSV Eindhoven - 16e de finale retour de la Coupe UEFA

Je rêvais d'un autre Monde

En ce jour de la Saint Etienne, Le Monde consacre un nouvel article à notre chère ville. Extraits.

"Retour en arrière. C’est un article plutôt ordinaire, publié en tête de page 11 de l’édition pas plus extraordinaire du 9 décembre, qui a mis le feu aux poudres. Intitulé « A Saint-Etienne, le centre-ville miné par la pauvreté », il pose la capitale du Forez comme l’illustration grandeur nature d’un phénomène mis en avant dans une étude de l’Insee et bien connu des géographes et urbanistes : celui des agglomérations où habitants aisés et classes moyennes font leurs valises pour s’installer en périphérie, de préférence dans des maisons individuelles, laissant le cœur des villes à leur dénuement. La journaliste Sylvia Zappi, qui s’est rendue sur place, décrit la décrépitude de certains quartiers, notamment ceux de Beaubrun et de Tarentaize, comme l’on tire une sonnette d’alarme. Elle narre en introduction des « immeubles délabrés qui donnent le bourdon », « des façades couvertes de suie », « des bâtisses qui tombent en ruine », et dépeint l’ancienne cité de Manufrance comme la « capitale des taudis ». La prose est subjective, comme peuvent parfois l’être des descriptions de reportages, et ne cherche pas à s’en cacher. Les mots sont stridents, ils ne se veulent pas blessants. Raté. Ils l’ont manifestement été.

Déluge de courriers, avalanche de réactions sur Twitter, pluie de réactions acides, courroucées ou désabusées sur le site Internet du Monde… Voilà bien longtemps qu’un article, dans une institution qui vient de fêter ses 70 ans, n’avait suscité pareille levée de boucliers. Une chronique du médiateur s’est emparée de cette affaire, donnant largement la parole aux mécontents. Mais elle n’a pas circonscrit le brasier. La polémique s’est invitée, samedi 21 décembre, jusque dans les travées du stade Geoffroy-Guichard, le temple de l’AS Saint-Etienne, dans cette ville où le foot tient une place centrale. De mémoire de journaliste du Monde, on n’avait jamais rien vu de semblable. Une gigantesque banderole, large comme le terrain, a été déployée par les supporteurs, avec cette apostrophe personnalisée : « Descend (sic) dans le taudis, on va t’apprendre à refaire Le Monde ». 


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Contesté sur la forme, l’article du Monde ne soulevait pas moins un sujet très sensible dans la ville, et que personne ne conteste : celui d’un centre qui se dévitalise. « Le problème existe, je ne le nie pas, mais on essaie de faire venir des investisseurs », assure M. Perdriau. « C’est sûr que, ces dernières années, de nombreuses familles de classe moyenne sont parties en périphérie, comme dans beaucoup d’autres villes », admet en écho M. Vincent. Et les différentes municipalités, les unes après les autres, n’ont pour l’heure pas trouvé la martingale qui permettrait de remédier à ce phénomène. Comment ce mouvement de fronde contre Le Monde a-t-il fini par s’exprimer jusque dans les tribunes du stade Geoffroy-Guichard ? Mystère. Les membres des Magic fans – le groupe de supporteurs qui a déployé la banderole – que nous avons contactés ne nous ont pas répondu. « L’expression des supporteurs est libre », assure Philippe Lyonnet, le directeur de la communication des Verts. Cet ancien journaliste de L’Equipe, qui connaît par cœur son anthropologie footballistique, note tout de même un particularisme bien local : « Ici, les gens ne défendent pas qu’un club, mais un territoire. » A Saint-Etienne, on ne dit pas aux joueurs de foot de « mouiller le maillot », pour les inciter à courir, mais d’« aller à la mine ».



Et si le nœud était-là ? Tel article aurait-il, ailleurs, suscité pareille indignation ? Rien n’est moins sûr. « Il y a ici une fierté particulière, héritée de l’histoire. La ville a beaucoup souffert il y a une quarantaine d’années, lorsque son industrie minière et métallurgique s’est effondrée. Il y a une solidarité, une chaleur », veut croire M. Perdriau. « On se bat ensemble depuis des décennies », appuie M. Pigeon. Ce cliché-là, personne ne le rejette. Tant pis s’il masque aussi, peut-être, une réalité un peu plus complexe. « Historiquement, Saint-Etienne est une double colonie industrielle, sous l’influence de Paris – de l’Etat – et de Lyon. C’est un territoire de gens venus d’ailleurs, pour des raisons économiques. C’est un territoire qui a connu une crise psychologique majeure, qui s’en est plutôt bien tiré, mais qui a parfois tendance à se voir mourir. Il y a ici, plus qu’ailleurs, une absence de sérénité face au passé et une difficulté à se trouver un chemin d’avenir, qui explique peut-être la virulence des réactions », estime Philippe Peyre, le directeur-conservateur du Musée de la mine."