7 novembre 1979 : ASSE 6-0 PSV Eindhoven - 16e de finale retour de la Coupe UEFA

L'hommage de Platoche au peuple vert

Dans son livre "Parlons Football" paru en octobre dernier aux éditions Hugo, Michel Platini rend hommage à la ferveur du public stéphanois.

"Si j'en crois mon père, le foot a d'abord été, avec la messe et un peu le cinéma, la grande distraction des dimanches d'après-guerre, et même au-delà. Le spectateur n'était pas le supporter qu'il deviendra plus tard. Il courait davantage au rendez-vous d'un match qu'à celui d'une équipe. Jeune joueur, j'ai connu cette époque qui tirait à sa fin. Nous avions un train de retard sur l'Angleterre, l'Italie ou l'Espagne.

C'est à Saint-Etienne que quelque chose s'est déclenché, renouvelant la façon de célébrer la messe du football, en particulier le mercredi soir. Je me suis laissé dire que Reims avait déjà donné des messes et fait des miracles dans les années 50 et 60. Mais justement, c'étaient des miracles, ce n'étaient pas des habitudes. Sainté, c'était le fruit d'une habitude. On ne répète pas une dizaine d'années le même type de comportement sans que cela en devienne une.

Ce qui caractérise le comportement du supporter de football, c'est la mise en oeuvre, au fil des ans, de grands rituels visuels ou sonores, banderoles, tifos, chants. C'est impossible de ne pas tenir compte du nombre de supporters qui rallient le stade. Le contenu dépend du contenant. On ne peut pas séparer toute cette "mise en scène" de l'envergure de la scène elle-même. Plus cette scène est grande, plus elle doit être remplie, peuplée de multiples animations, de beaucoup de mouvements.

Le bruit et le mouvement permanent des tribunes sont deux constantes qui vont de pair avec l'espace et le mouvement du jeu lui-même. Et aucun autre sport ne dispose de cet espace et de ce mouvement. Donc de cette vie dans les tribunes. La vie, si abondante, si "symphonique" des tribunes de football est une réponse à la vie du terrain."