Le Canada Dry de mon marri rennais
Dans la dernière édition de l'autoproclamée "Bible du Football", Frédéric Antonetti se lâche sur le club qui l'a employé de 2009 à 2013.
"Pendant quatre ans, on m'a rebattu les oreilles avec les 140 M€ que Monsieur Pinault a dépensés pour le Stade Rennais. Mais c'était au début. Moi je n'y étais pas. Le budget permet de compter 55 à 60 points. Mais les 10 points qui te séparent du podium, c'est cher. C'est louable de stabiliser le club à ce niveau mais vous êtes sans arrêt victime de harcèlement car on vous demande de donner plus que ce que vous pouvez donner. A un moment, tu te cognes au plafond. On te balance que Montpellier a réussi, mais Montpellier c'est l'exception. Qu'on arrête avec ça ! Parlez-moi plutôt de la règle ! Mon tort aura été de susciter des espoirs. Par orgueil peut-être, je me suis dit que j'allais pouvoir y arriver. J'aurais dû vivre mes années rennaises avec plus de recul.
J'ai eu trop peu de relations avec François-Henri Pinault. On avait peut-être deux discussions dans l'année. Il faut une présence, je lui ai dit que ça ne marcherait pas tant qu'il ne serait pas le véritable président. Pour savoir ce qu'est son club, il faut y être, le voir vivre et fonctionner, pas qu'on vous le raconte. Son absence laisse un vide qui est comblé par tout un tas de personnes qui jouent les conseillers, les forces obscures. On me parle de club familial mais on ne doit pas avoir la même notion de la famille. De tous les clubs par lesquels je suis passé, c'est le seul avec lequel je n'ai aujourd'hui aucun lien alors que je viens d'y passer quatre ans.
Je suis en litige avec eux car ils me doivent quatre mois de salaires correspondant aux quatre saisons sur le banc. La commission juridique m'a donné raison, mais quand il s'agit d'avoir quelqu'un au téléphone, c'est le silence. Je n'existe plus. Ce n'est pas de la frustration que j'éprouve, c'est de la souffrance. Pour moi, Rennes, c'est du Canada Dry : ça a la couleur d'un grand club, mais ça ne l'est pas, ça manque d'humanité. Que penser quand vous apprenez que, 20 minutes après la défaite en Coupe de la Ligue, quand la tristesse prédomine, l'actionnaire a téléphoné au manager pour lui dire qu'il changerait d'entraîneur ? 20 minutes !"