Lopy ne s'en est pas remis

15/04/2024
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Si Aïmen Moueffek n'aura loupé que 2 matches après son choc avec Joseph Lopy il y a 2 mois à Raymond-Kopa, le milieu de terrain angevin ne s'est pas remis du coup que lui a involontairement donné l'international Espoirs marocain lors de ce match de la 25e journée. Out jusqu'à la fin de saison, le Sénégalais s'est confié à Ouest-France avant le match que son club jouera ce soir à Grenoble. Extraits.

"C’est peut-être la blessure la plus bête du monde… Sur l’action, Moueffek pousse le ballon vers la touche pour essayer de partir, mais j’anticipe et je passe devant lui pour le protéger, il n’y avait plus de danger. Et dans son élan, il n’a pas pu s’arrêter. J’ai senti ses crampons sur ma cheville et il est tombé sur moi. Là, je ne me dis pas que j’ai un ligament de rompu, simplement que j’ai pris un coup, que ça fait mal et voilà… Je retourne sur le terrain et sur mon premier changement de direction, je sens mon pied bouger. Je lève ma jambe et ma cheville ne tient pas. Là, ce n’est pas bon…

Je n’avais pas envie de sortir, de lâcher les partenaires. Donc je me suis dit : serre les dents, joue jusqu’à la mi-temps et tu laisseras ta place à quelqu’un d’autre à 100 %. Mais ça a été dur. Je n’arrivais pas à changer de direction, je prenais un coup de jus sur chaque appui.  Un mois après mon opération, ma cheville va mieux. La récupération avance bien. Il y avait quand même un des ligaments les plus importants qui était arraché. Sur le coup, elle ne tenait plus, bougeait dans tous les sens. Il fallait réparer, sinon ça aurait pu avoir des conséquences plus dramatiques sur la durée.

En tribune, j’ai plus de recul, je vois tout ce qui se passe différemment. Donc j’essaye d’apporter à mes coéquipiers ce que je vois, ce qu’il y a de bien et moins bien. Le coach et le staff le font très bien, mais parfois quand c’est un coéquipier, c’est perçu différemment. Mais c’est une posture qui n’est pas simple à trouver : je suis joueur, est-ce qu’avec moi ça se serait mieux passé ou pas ? Est-ce que si je dis quelque chose à un coéquipier, il va mal le prendre ? Il faut trouver les bons mots, sans passer pour un donneur de leçon. Mais pour ne pas avoir de regret, il faut se dire les choses… Le message que je donne, c’est toujours avec bienveillance.

Je vois des situations où les gars jouent la sécurité, alors qu’il y a moyen de prendre un risque. Du coup, je me demande si je faisais ça aussi. Pourquoi à ce moment-là du match, untel n’est pas capable de s’orienter vers l’avant ? Peut-être que c’est parce que c’est plus dur physiquement. Donc il prend moins de risques, pour ne pas perdre le ballon et permettre ça l’équipe de se remettre en place. C’est là qu’on se rend compte pourquoi certains jouent la Ligue des champions et d’autres non. Eux, ils se seraient retournés et auraient joué vers l’avant. Mais des tribunes, on est tous des joueurs de Ligue des champions, même ceux qui n’ont jamais joué au foot.

Au milieu de terrain, on passe notre temps à combler des brèches. Donc je sais qu’après un effort de fou, c’est compliqué de faire le bon choix. La lucidité n’est plus là. Quand Farid El Melali, après trois ou quatre accélérations de suite, ne fait pas l’effort défensif, ça grogne dans les tribunes. Moi, je sais qu’il peut être fatigué. Mais je comprends aussi les supporters. Je fais pareil en regardant le Real Madrid et que Vinicius ne défend pas. Donc évidemment que je dois en tenir compte quand je vais voir un coéquipier. Je ne peux pas entrer dans le vestiaire et le fracasser sous prétexte que moi, en tribunes, je n’ai pas vu ce que je voulais voir. Dans ce cas, les coaches nous fracasseraient tous les week-ends (rires).

J’ai confiance à 1 000 % en mes coéquipiers, mais il faut dire la vérité : au début, on se dit forcément que si on était là, ça changerait les choses. Puis on prend du recul et on se dit qu’avant la blessure, on a aussi perdu, fait des mauvais matches. Il n’y a que des bons joueurs dans ce groupe, donc que ce soit moi ou un autre qui joue, ça ne change pas. Je ne sais pas si je manque à l’équipe ou si l’équipe me manque. La deuxième, c’est certain… Quand je suis sorti à la mi-temps de Saint-Etienne, j’avais l’impression de les abandonner. J’ai même demandé au doc s’il ne pouvait me donner quelque chose pour que je reparte. C’était sans doute de l’orgueil mal placé, mais j’avais envie d’être avec eux.

On n’a peut-être pas le plus gros effectif de la L2, mais on a su faire le dos rond quand il le fallait, sortir les dents, se dire les choses… Aujourd’hui, c’est un peu plus compliqué, mais sur les deux derniers matches, les deuxièmes mi-temps surtout, on ne peut pas reprocher à ces mecs-là de lâcher. Moi, j’ai une envie folle de monter et les gars, sur le terrain, l’ont encore plus que moi. Si tout se joue sur la dernière journée, est-ce que je serai là ? Si je dis oui, les chirurgiens et les médecins du club risquent de me tuer. On m’a dit fin de saison, donc je respecte. Mais, si je m’écoutais, j’aurais même espoir d’être là le week-end prochain. Je suis un fou !"

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