Lacombe était vert

18/01/2019
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Dans la Pravda à paraître demain, Jean-Philippe Leclaire revient sur la verte saison du gone Bernard Lacombe (1978-1979). Extraits.

Les yeux du Lyonnais s'embuent et sa voix déraille quand il raconte comment ses frères verts l'ont soutenu dans l'une des pires périodes de sa vie personnelle : "Ma femme, enceinte de mon deuxième enfant, est restée à Lyon car sa grossesse était très compliquée. C'est aussi l'année où j'ai perdu mon papa (le 22 novembre 1978) et un cousin avec qui j'avais été élevé. Deux ans plus tôt, ma soeur Michèle était morte dans un accident de voiture. À chaque fois, les joueurs stéphanois ont été formidables, ils m'ont beaucoup entouré. Je ne l'oublierai jamais."

(...)

Celui qui était l'un des hommes de confiance du président lyonnais de l'époque, Roger Michaux, s'est trouvé au coeur de curieuses transactions avec le puissant rival stéphanois... "L'OL était dans une situation financière catastrophique. Nous n'avions pas d'autre choix que de vendre Lacombe. Mais en plus du prix officiel, il y avait une soulte en cash que j'ai dû aller chercher à Saint-Étienne. Au siège du club, une valise était posée sur la table : il y en avait pour un million de talbins (francs) rangés en piles. On se serait cru dans un film ! Pour rentrer à Lyon, j'avais la valise à côté de moi, sur le siège avant, et je n'ai jamais dépassé le 50 km/heure de peur de me faire arrêter par la police !", sourit encore Jean-Claude Chuzeville.

(...)

Reste encore à convaincre les bouillants supporters du Chaudron vert. Dans le magazine du club, ASSE Actualités, l'ex-Lyonnais se lance dans une déclaration d'amour digne d'un politicien en campagne : "Ce public, il applaudit, il grogne, il pleure. En un mot, il est passionné et c'est bien l'essentiel... À Gerland, il est plus souvent indifférent et c'est triste", tacle même l'ex-coéquipier de Mihaijlovic et Domenech, avant de conclure : "À Saint-Étienne, j'espère que j'y terminerai ma carrière. C'est un bon club."

Cette marque d'allégeance au peuple vert produit rapidement ses effets : "Quand je sortais de l'entraînement, je trouvais très souvent des petits mots sur mon pare-brise. Les supporters stéphanois m'écrivaient "C'est bien que vous soyez là", "Bonne chance pour le prochain match. " À l'arrivée, j'ai passé une année super." Elle commence pourtant difficilement : "Après quatre matches, je n'avais toujours pas marqué. Le journaliste Gérard Simonian, de la Tribune le Progrès de Saint-Étienne, avait écrit : "Trois millions de francs pour 60 kilomètres et zéro but, ça fait cher le kilomètre !", rigole Lacombe.

"En arrivant à Gerland lors du derby aller, je me suis trompé de vestiaire. Et pendant le match, j'ai été complètement transparent. Nous avons perdu 2-0. Au match retour, je suis exceptionnellement resté dans le vestiaire pour me préparer avant le coup d'envoi. Je ne voulais pas croiser mes anciens partenaires lyonnais à l'échauffement et à nouveau perdre ma concentration." Résultat : dès la treizième minute, Lacombe ouvre le score de la tête et les Verts gagnent 3-0.

"Cette saison-là, j'ai marqué 21 buts, mon record en Première Division, se souvient Dominique Rocheteau. À l'époque, on ne comptabilisait pas les passes décisives, mais Bernard m'en a donné un paquet. On avait une grande complicité sur le terrain." Selon Jacques Santini, qui l'a hébergé quatre mois chez lui, Nanard l'hyper-sensible avait la tête ailleurs : "À cause de ses problèmes personnels, il ne s'est jamais vraiment installé à Saint-Étienne. Soit il habitait chez nous, soit il multipliait les allers-retours à Lyon. On le voyait partir en voiture tout de suite après les matches, ou débarquer le matin juste avant l'entraînement. Il y a perdu beaucoup de fraîcheur physique et mentale."

Une usure qui n'échappe pas à Robert Herbin. Le mythique et mutique entraîneur des Verts se prive même de Lacombe pour les deux dernières journées de Championnat. Entre Robby et Nanard, la relation est aussi chaleureuse que l'hiver dans le Forez. "Je n'ai jamais senti sa confiance, regrette l'ex-Lyonnais. Quand tu entrais dans son bureau, il écoutait de la grande musique. Même pendant l'entretien, il donnait l'impression de plus écouter la musique que toi !"

(...)

Pour justifier le départ à Bordeaux de l'avant-centre de l'équipe de France, le président de l'ASSE, Roger Rocher, utilise en assemblée générale un argument qu'il veut imparable : "De toute façon, Lacombe était resté lyonnais à 50 % !" " Sur le terrain, j'ai toujours été à 100 %, corrige Bernard Lacombe, avant d'ajouter, malicieux : En dehors, en revanche, il n'avait pas tout à fait tort..."

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