7 novembre 1979 : ASSE 6-0 PSV Eindhoven - 16e de finale retour de la Coupe UEFA

Un Ange passe sur France Culture (7)

Du 9 au 13 juin, entre 20h00 et 20h30, la radio France Culture diffusera dans "A voix nue" un long entretien de Dominique Rocheteau. L'Ange Vert parle politique dans ce septième et dernier extrait.

"Ma famille était très engagée politiquement, mon oncle a été déporté dans le camp de Buchenwald en tant que communiste. A seize, dix-sept ans, j’étais engagé politiquement mais plus comme un révolté avec l’envie de changer les choses. J’allais à des réunions de la ligue communiste à Saint-Etienne sans prendre pour autant la carte du parti. J’y allais pour me forger une culture politique. J’étais un idéaliste, une sorte d’anar. Je lisais pas mal. Proudhon entre autres et Marx à seize ou dix-sept ans. Alors que j’étais professionnel, j’ai un jour déclaré que je voulais bien faire une carrière dans le football sans gagner d’argent, pour me faire plaisir et m’amuser. Je me suis fait reprendre par le milieu. J’ai souvent voté à gauche, écolo aussi. Je ne peux pas dire que j’étais très engagé politiquement mais quand j’avais des choses à dire, une prise de conscience à établir, je m’engageais. A l’époque, Durafour, le maire de Saint-Etienne, a essayé de m’utiliser et j’ai refusé.

En 1978, du fait de mon engagement politique, je reçois beaucoup de lettres pour boycotter la Coupe du monde en Argentine en raison des évènements qui y ont lieu. Boycotter n’aurait pas été une solution dans la mesure où le peuple argentin attendait beaucoup de cette coupe du monde. Le football est leur histoire, leur culture. Avec d’autres, je m’étais dit que sur place nous pourrions parler de ce qui se passe à travers les médias. Mais nous étions en Argentine, dans un état policier, et nous avions sous-estimé sa puissance. J’ai suggéré que l’on porte un brassard noir sur le terrain mais je ne voulais pas me désolidariser des autres. Peut-être que certains joueurs ont manqué de curiosité, de conscience politique. Tout cela a été vite étouffé et rapidement nous avons été éliminés. Après notre élimination, j’ai rencontré des étudiants, nous avons discuté mais nous sentions qu’ils avaient peur de parler. Il y avait un vrai malaise. Quand je suis revenu d’Argentine, j’ai eu des retours de bâtons, certains joueurs argentins qui jouaient en France m’ont demandé de quoi je me mêlais.

En 1981 je me suis engagé publiquement aux côtés de Renaud et de Michel Piccoli pour soutenir la candidature de François Mitterrand. Mais pour le second mandat, je suis resté silencieux. Je suis déçu par la politique, je me sens moins concerné. La montée du Front National ? Je fais partie des abstentionnistes. Notre époque a, certes, gagné en réalisme mais, en ce qui me concerne, j’ai perdu pas mal d’illusions.  Au fond, toutes les valeurs que j’ai en moi, je les transmets à mes enfants, aux jeunes mais moins dans leurs contenus idéologiques que dans une entreprise humaniste."