6 novembre 1974 : ASSE 5-1 Hajduk Split (ap) - 8e de finale retour de C1

Un Ange passe sur France Culture (4)

Du 9 au 13 juin, entre 20h00 et 20h30, la radio France Culture diffusera dans "A voix nue" un long entretien de Dominique Rocheteau. L'Ange Vert revient longuement sur ses vertes années, comme l'atteste ce quatrième extrait.

"Un souvenir important pour moi, c’est le match contre Leeds en août 1975. Il faut resituer le contexte. La situation est difficile car je reviens de blessure, je ne sais pas où j’en suis. J’ai passé un mois d’été en vacances chez moi en Charente avec tous mes copains et quand je reviens à Saint-Etienne, c’est maintenant ou jamais. Il faut que je m’impose dans l’équipe, que je réussisse. Nous jouons un match amical de préparation contre Leeds, qui était à l’époque un des grands clubs européens. Robert Herbin me lance dans le grand bain avec une équipe qui marche bien, qui a des résultats. J’ai eu la chance ce jour-là de m’imposer et de marquer deux buts, de me faire connaître un peu auprès du public stéphanois. Après je n’ai plus quitté l’équipe. Quelques semaines plus tard, je jouais mon premier match avec le maillot des Bleus au Parc des Princes contre le Real Madrid. Je marque aussi deux buts, et c’est parti.

A Saint-Etienne je jouais ailier droit et quand je suis parti au PSG, je jouais avant-centre. Quand j’ai démarré, les équipes jouaient plutôt en 4-3-3 et quelques années plus tard, elles jouaient plutôt en 4-4-2. J’ai un peu changé ma position et mon jeu en arrivant à Paris. A Saint-Etienne, je voulais jouer avant-centre car quand j’étais gamin dans ma région, dans tous les clubs où j’ai joué, je jouais avant-centre. Je voulais avant tout marquer des buts, il fallait donc que je joue à ce poste. Mais arrivé à Saint-Etienne, Robert Herbin m’a positionné en ailier droit, et je m’en suis sorti. Il y avait déjà un avant-centre en place. Comme ma force était le dribble, sur le côté droit je m’en sortais bien.

L’esprit d’équipe ne se fabrique pas du jour au lendemain, il faut du temps, le choix des hommes, l’entraîneur, la durée. C’est toute une histoire. L’esprit d’équipe est aussi une communion avec le public, ce qu’il attend des joueurs. Le club de Saint-Etienne ressemble à celui de Lens, ce sont deux clubs frères, des clubs de milieu ouvrier dont les valeurs sont les mêmes. Ces deux clubs reposent sur la valeur du travail bien fait. Les supporters sont toujours très exigeants mais toujours derrière nous, quoi qu’il arrive, même quand on est en état de faiblesse. Ce sont de vrais supporters, comme en Angleterre. C’est une  culture. Que tu gagnes ou que tu perdes, pendant 90 minutes, il faut tout donner. Si tu perds, c’est le sport. A notre époque, nous avions la chance de gagner tout le temps donc je n’ai pas vu les supporters se rebiffer, sauf sur certains matches. Quand un match n’allait pas, les gens criaient : « A la mine ! », mais c’était bon enfant. Venez à la mine voir ce qu’on fait, c’était pour nous dire que nous n’en faisions pas assez.

Je n’ai pas vraiment pris conscience que j’étais devenu la coqueluche de l’équipe, je ne lisais pas les journaux. Je l’ai remarqué sur les stades, ici, mais aussi à l’extérieur. J’aimais bien ma vie tranquille, faire des soirées avec les copains mais je suis parti très vite de la ville pour m’installer dans un petit chalet à vingt kilomètres de Saint-Etienne. Jouer de la musique, décompresser. Le football, c’étaient les matches et l’entraînement mais en dehors de ça, j’avais envie de vivre ma vie. Des supporters venaient dans mon cabanon, surtout les supportrices qui voulaient des autographes et un peu plus. Il y a pire comme situation ! (rires) C’était parfois un peu pesant car je n’avais pas l’impression d’avoir une vie normale. Autant j’avais eu une jeunesse normale, j’allais au lycée, j’avais des amis, autant après, devenu professionnel, avec cette célébrité, c’était différent. C’est aussi pour cela qu’à l’âge de vingt-quatre ans je suis parti à Paris au PSG. J’avais le sentiment qu’à Paris je pourrais vivre ma vie un peu plus tranquillement."