Il ne faut pas sous-estimer la Ligue 2
18/06/2026

Olivier Dall'Oglio s'est exprimé hier sur Carton Rouge TV. Extraits.
"Le rôle des leaders dans le vestiaire est primordial. C'est difficile parfois pour certains dirigeants de comprendre qu'il y a ce côté humain qui est très important, qu'il y a une sociologie qui se fait dans le vestiaire. Il y a quelque chose qui se passe, qui va au-delà du coach. Moi, j’ai été joueur et c'est vrai qu'il se passe des choses entre les joueurs et c'est parfois à ces moments-là que l'on gagne où l'on perd. Les leaders sont influents, ils doivent l'être et ils amènent quand même le groupe. Il faut qu'ils l'amènent dans le bon sens, qu'ils tirent les joueurs, qu'ils sentent qu'ils sont peut-être un peu plus en difficulté. Ça va au-delà du travail du staff, c'est vraiment en interne et c'est une alchimie quand même très délicate. Briançon faisait partie des cadres du vestiaire. Il y avait aussi Monconduit, Larsonneur qui était là aussi, et ces garçons-là, à un moment donné, ont pris en main les choses. Briançon était blessé mais il était avec le groupe, il a amené quelque chose. On a besoin d’avoir ça.
Moi j'étais persuadé qu'on allait se maintenir, j'attendais des renforts en fait, c'est ce dont on avait besoin. Un joueur par ligne, et ça aurait suffi je pense. Il nous fallait de l'expérience, il faut des cadres. Alors, c'est sûr que ce n'est pas facile à trouver, parce que le garçon, il arrive en janvier, et que de suite, il faut qu'il se mette dedans. Mais vraiment, sur mars, avril, mai, le temps qu'il s'adapte et tout, et après, sur les trois derniers mois, ce garçon-là, aurait fait la différence, moi, j'en étais persuadé. Il faut prendre la dimension, on est en Ligue 2, l'équipe arrive à monter, c'est un petit miracle. Mais on savait très bien que peut-être, on n'avait certainement pas la meilleure équipe de Ligue 2 non plus, donc, obligatoirement, il fallait un bon effectif, quoi !
Il fallait recruter surtout des joueurs expérimentés, c'est surtout l'expérience dont on a besoin. Je n’ai pas pu avoir les joueurs que j'aurais voulu avoir. Il fallait avoir des joueurs expérimentés. Après, prendre des joueurs qui viennent de loin, qui sont jeunes, qui sont certainement des bons joueurs pour l'avenir, y'a pas de souci, c'est bien. Mais en premier, il faut prendre des joueurs qui vont encadrer ces jeunes joueurs pour les aider. Quand on fait des recrues, il faut toujours prendre en compte le côté humain. Un garçon qui arrive, si on prend Ben Old ou Boakye, y'a une découverte, et une découverte du championnat aussi, de la préparation. Il faut qu'ils s'installent, ils ne sont pas chez eux, ils sont à l'hôtel, il faut du temps. C’est dur, il faut le vivre.
La data, c’est tout ce qui est statistique, ça s’est vraiment amélioré, on arrive à avoir des renseignements… Vraiment, c'est très bien, on arrive à avoir plein de renseignements sur le joueur, sur l'équipe, on peut décortiquer match, on peut décortiquer la qualité des joueurs, les performances des joueurs, les lacunes de certains joueurs, effectivement, pour pouvoir travailler derrière. C'est l'excès de data qui n’est pas bon. Si on ne mise que là-dessus et qu'on ne prend pas en compte l'aspect humain, on fait une erreur. Ce sont des gros risques, parce qu'en fait, un joueur, ce n'est pas un numéro. Un joueur, c'est un homme, c'est quelqu'un qui a des émotions et qui les vit différemment, et ça, vous ne pouvez pas le mettre en équation.
La data ne va pas te dire le tempérament d’un joueur, elle va rentrer dans la performance des joueurs, elle va donner le nombre de passes qui cassent les lignes, etc., il y a 1000 renseignements, et ça peut être vraiment intéressant. Mais ça prend du temps, et il faut en tirer des bonnes conclusions. Après chaque match, moi j'avais un rapport sur le match qui faisait peut-être 20-25 pages de renseignements, c'est assez important. Après, on a des staffs qui les analysent, etc.. On a des analystes vidéo, c'est pour ça que les staffs sont beaucoup plus étoffés.
Mais aujourd'hui, ce qu'on ne sait pas, ce qu'on ne voit pas, et c'est difficile à expliquer aux dirigeants, c'est qu’un vestiaire, c'est sacré. Un vestiaire, ça s'autogère la plupart du temps, et il vaut mieux que ça soit bien géré, parce que sinon, s'il y a des dérapages, s'il y en a un qui prend la place de l'autre et que ça ne le fait pas, il peut y avoir des clans. Il y a souvent des affinités, mais s'il y a trop de clans… Parfois, on voit des équipes où il y a de très bons joueurs, mais ils ne s'entendent pas, donc parfois, c'est sur le terrain, mais parfois, c'est en en dehors. C'est pour ça que c'est très délicat, et on ne peut pas occulter le côté humain, ce n'est pas possible.
Tous les joueurs sont différents. On a des joueurs qui sont très peu blessés, c'est pour ça que dans le recrutement, moi c'est un de mes premiers critères, je regarde les antécédents, je regarde combien de matchs a fait le joueur avant en tant que titulaire. C'est cette fiabilité qui est intéressante, c'est ce qu'il faut regarder aujourd'hui. Il y a des joueurs qui seront plus fragiles, on le sait, qu'il faut les gérer, parce qu'aujourd'hui normalement, dans les staffs, on est beaucoup plus armés qu'il y a quelques années, on a beaucoup plus d'analyse normalement, on travaille mieux sur la préparation physique à l'entraînement, on est capable de mieux doser, de savoir, c'est plus individualisé aussi.
Après il y a des joueurs qui seront plus fragiles, il y a des joueurs qui seront plus sérieux que d'autres aussi. Quand ils ont 20 ans, 21 ans, 22 ans, ils se sentent invincibles et ils ne se sentent pas spécialement concernés par l'alimentation et le sommeil. Moi je parle surtout de sommeil, parce qu'en fait c'est le sommeil qui répare, c'est le sommeil qui vous permet de récupérer. Ces garçons s'entraînent tous les jours et donc ils ont besoin de travailler, mais aussi de récupérer. Ils ne sont pas tous égaux là-dessus, mais il faut quand même qu'il y ait un minimum. Aujourd'hui on ne peut pas être un joueur de haut niveau et passer à côté de ça, c'est dommage.
Cette saison, je pensais que Saint-Etienne, avec son effectif, allait faire quelque chose. J’avais un peu un doute de savoir comment ils allaient appréhender la Ligue 2, parce qu'ils n'avaient pour moi pas assez pris en compte déjà la Ligue 1, et je pense que la Ligue 2, c'est quelque chose de compliqué, de difficile pour l'avoir pratiquée. C’est difficile d'aller à Rodez, c'est difficile d'aller à Pau, parce qu'en fait tu es attendu, parce qu'en face de toi, tu as quand même des coachs qui sont bien formés, tu as des joueurs qui ont envie de se montrer, qui sont aussi des bons joueurs. Peut-être moins bons que ceux de Saint-Etienne, mais qui forment un collectif. Ils ont compris que s'ils voulaient faire quelque chose, c'était ensemble.
Un collectif, c'est très fort quand tout le monde est soudé. Ces déplacements, ils ne sont pas faciles. On est attendu partout mais nous on en a beaucoup parlé avec les joueurs. On le sait, on doit emmagasiner ça. En fait, on est à Saint-Etienne, on est joueurs de Saint-Etienne, c'est un honneur, et en fait, on sait qu'on est attendus, mais on sait aussi qu'on a des supporters qui seront partout, aussi, qui nous ont suivis à Pau ou à Rodez. Donc, en fait, là, il faut se servir de cette énergie-là, quoi. Moi, je leur parlais comme ça aux joueurs, il y a des gars qui vont faire 1000 kilomètres pour venir vous voir, et ils vont vous amener de l'énergie, prenez-la, prenez-la.
Alors, bien sûr, à Geoffroy-Guichard, c'est plus simple, parce qu'elle descend directement sur vous, sur le terrain, mais là, il faut emmagasiner ça, et puis dire, ben voilà, on va à l'extérieur, on doit être solide. C'est pour ça qu'il faut avoir une très bonne défense. Prendre deux buts par match, ça ne peut pas être le plan. Pour moi, ça ne peut pas être le plan. On ne peut pas dire « ouais, on va s'exposer, on peut prendre deux buts, mais on est capable d'en marquer trois ». Un jour, tu n’en marqueras pas trois, et tu vas perdre le match, et ça va te manquer à la fin. Non, non, il faut être capable de marquer, ça, c'est sûr, à tout moment, mais il faut être solide, parce qu'à un moment donné, tu vas être en difficulté, et il va falloir courber le dos, il va falloir être là, et il va falloir tenir les mauvais moments. Peut-être que tu ne vas pas faire un bon match, mais tu vas gagner 1-0. Voilà, et tu reviendras de Rodez, et tu n'auras pas perdu, et peut-être que ça va être ce match-là qui va te faire remonter. Il faut être solide, et quand je dis défensivement, ce n'est pas que les défenseurs.
Il faut avoir des relais sur le terrain. C''est très important, il faut avoir des vrais relais, on les a perdus quand on est montés en Ligue 1 les relais. Briançon est parti, Monconduit est parti. Il restait Larsonneur et Tardieu mais il faut des leaders, il faut des lieutenants, il faut des garçons. Yunis Abdelhamid, je l’ai fait venir dans cette optique-là, c'était l'idée. Je sais que Yunis avait cette expérience-là. Mais je pense qu’à un moment donné Yunis s'est retrouvé seul, il s'est retrouvé trop seul et pourtant je l'ai prévenu. Je lui avais dit « occupe-toi de toi d'abord », mais il avait cette générosité-là, il a voulu s'occuper des autres. Il avait besoin de mettre un élan dans le vestiaire, il a pris des initiatives, il a invité des joueurs, le staff au restaurant… Il a fait beaucoup de choses mais je l'ai senti isolé et après il a été dépassé.
Nantes veut remonter de suite et je pense qu'ils mettront les moyens, Metz a l'objectif de remonter de suite, les jeunes joueurs qui ont eu l'expérience de la Ligue 1 cette année vont être un peu plus aguerris, si ça adapte bien ça va être quand même un gros candidat, je pense que Reims, Nantes, Metz, ça reste quand même aujourd'hui les 3 favoris. Après il y a toujours une surprise qui arrive, comme Le Mans, il peut y avoir une surprise, on a vu que Rodez restait quand même très solide et qu'ils arrivaient à faire des miracles chaque année, bravo à eux, c'est très bien. On va dire que peut-être Saint-Etienne cette année sera un peu moins le PSG de la Ligue 2, donc il y aura plusieurs PSG. Ce n’est pas évident pour Saint-Etienne parce que c'est un nouveau coach qui arrive de l'étranger et pareil, lui c'est un homme aussi, donc il faut qu'il s'adapte à la Ligue 2 et il ne faut vraiment surtout pas la sous-estimer, cette Ligue 2."
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