6 novembre 1974 : ASSE 5-1 Hajduk Split (ap) - 8e de finale retour de C1

Piazza dans la Pravda

La Pravda a publié aujourd'hui une longue interview d'Osvaldo Piazza. Extraits.

"Ça me surprend encore de voir que les gens me reconnaissent encore à 67 ans. Saint-Etienne a représenté la plus belle période de ma vie, sans aucun doute. Elles étaient pas mal mes chevauchées balle au pied, hein ? Je les faisais quand ça n'allait pas bien, pour réveiller l'équipe et le public. Je pouvais monter tranquille. Dominique Bathenay et Christian Lopez me couvraient. Je courais tout droit. Pas besoin de dribbler. J'ai même vu des adversaires s'écarter sur mon passage, de peur que je ne leur rentre dedans. Aujourd'hui je cours encore tout seul. Le matin, sur un parcours de santé.

Ça me gênait de voir ce très bon joueur Loïc Perrin disputer aussi peu de matches par saison à cause de ses blessures. Je dis chapeau à Christophe Galtier de l'avoir replacé défenseur central. Loïc a trouvé son poste, et Saint-Etienne le défenseur idéal. Car il est plus apte à juger, à voir et à analyser une rencontre sur le terrain. Grâce à sa clairvoyance, c'est lui qui donne le bon tempo à toute l'équipe.

Le joueur le plus fort que j'ai côtoyé, c'est Dominique Bathenay. Il connaissait le terrain comme sa main et il comprenait tout : quand il fallait frapper, mettre la tête, jouer, anticiper, revenir… Il sentait vraiment le jeu. Le joueur le plus fort contre qui j'ai joué, c'est Bernard Lacombe. Notre diffrénce de gabarit lui permettait d'être plus vif que moi. Qu'est-ce qu'il m'a emmerdé !

Le joueur le plus gentil que j'ai rencontré, c'est Ralf Edström, l'attaquant suédois du PSV Eindhoven. Avant qu'il ne touche le ballon, je me mettais dans son dos et lui baissais le short. Il était tellement poli qu'il le remontait sans rien dire et ratait le ballon. Et quand il en a pris un, lors de notre demi-finale retour de Coupe d'Europe des clubs champions, Ivan est sorti lui mettre le poing dans la tête. Il s'est retrouvé KO et il a dû céder sa place à la mi-temps.

Joueur, j'étais un gros fumeur, jusqu'à deux paquets par jour. Après un match, je pouvais allumer cigarette sur cigarette. Mais jamais avant, ni dans le vestiaire. A Saint-Etienne, nous étions trois fumeurs : Dominique Bathenay, Patrick Revelli et moi. Il arrivait à Robby de me tendre  une cigarette après les matches tout en me disant : "Fume moins, Osvaldo !" J'ai arrêté en 1993, le jour où j'ai été hospitalisé pour une pneumonie. J'ai plus eu peur de souffrir que de mourir.

Je redoutais de courir entre des piquets sur 90 mètres. C'était tellement dur que je n'en dormais pas la nuit précédente. Comme Robby avait été un très grand joueur de la tête et qu'il aimait ça, il nous faisait aussi faire un jeu sur un petit terrain à quatre contre quatre au cours duquel on avait le droit seulement de jouer avec la tête. On se rentrait tellement dedans qu'une dizaine de joueurs se sont cassé le nez. Même Ivan, notre gardien ! C'est parce que nous travaillions deux fois plus que les autres et que les méthodes d'entraînement de Robby étaient originales qu'on est devenus aussi forts. Pas grâce au dopage…

A 28 ans, on m'a diagnostiqué un problème au nerf sciatique de la jambe droite. J'étais trop cambré entre la cinquième et la sixième vertèbre. Les médecins m'ont dit que je devais arrêter le foot. Mais nous étions en 1975 et en pleine gloire. J'ai alors fait venir des piqûres de Buenos Aires et je me faisais des séries de dix injections. Après, ça allait mieux. Mais je devais mettre une porte sous mon matelas et dormis parfois sur le sol. Il m'arrivait de rester couché deux jours après un match. J'ai quand même pu continuer à jouer jusqu'en 1982.

Je ne reviendrai plus m'installer dans le Forez. La dernière fois, c'était il y a dix ans, pour servir de caution à Bernard Caïazzo, qui venait de reprendre le club. J'étais l'ambassadeur des Verts dans toute la France et leur recruteur dans toute la France. Mais je gênais Elie Baup, un être compliqué. Il a voulu m'écarter. J'ai fini par être licencié pour faute grave.

L'homme à la casquette réfute cette accusation dans le quotidien : "Je n'ai jamais ai jamais eu cette prétention ni ce pouvoir à l'ASSE. C'est beaucoup m'en donner que de penser que je suis à l'origine de son départ. Si je pouvais faire l'équipe et donner mon avis sur le recrutement, c'était déjà bien. Demandez plutôt au directeur sportif de l'époque... Entre Damien Comolli, Omar Da Fonseca et Bernard Caïazzo, il y en avait plein à ce moment-là qui se succédaient et décidaient."