Les Africains étaient fous des Verts

07/12/2021
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Dans un long entretien accordé à Ouest-France, Hervé Revelli rappelle que la fièvre verte avait gagné toute l'Afrique. Extraits.

"Au départ, je ne mesurais pas ce qu’on a apporté. Après ma carrière de joueur, j’ai voyagé partout dans le monde et je l’ai découvert. Un jour en Ouganda où on jouait l’île Maurice, dont j’étais le sélectionneur national en 1989, il a fallu aller acheter des crampons car les nôtres étaient en caoutchouc et il a plu durant deux jours. Le patron de l’hôtel, où on était descendu, m’indique une adresse en rigolant. Au bout de la seule route goudronnée et du feu, il fallait faire 100 m à pied. On entre dans un magasin avec des toiles d’araignées, on descend des escaliers et on voit un vieux monsieur avec des lunettes. Il lève la tête et me demande de le suivre. Et derrière, dans une remise, il y avait au mur la photo de la finale de la Coupe d’Europe 1976  et me dit : « Vous êtes là ». Et il m’explique qu’à l’époque, les quelques personnes qui avaient un téléviseur les descendaient dans la rue afin que tout le monde puisse nous voir. Et il me dit que lors du match qu’on va jouer trois jours après, tout le monde va me courir après car les Verts c’est terrible. Il y avait 80 000 à 90 000, personnes et il fallait voir les gens ! Ce n’est pas moi qui jouais mais les gens étaient fous. Et partout en Afrique, c’était comme ça.

Comme j'explique cette folle popularité ? L’équipe de France ne marchait pas, il n’y avait rien. Rien pour que les gens s’accrochent au football. Et ils ont vu cette équipe arriver, 11, 12 ou 13 mecs, qui ne sortaient pas de n’importe où, mais qui cravachaient et ne parlaient pas de business. Moi, c’était ma belle-sœur, qui était inspectrice des impôts, qui discutait de mes contrats. Et surtout des mecs qui se donnaient sur le terrain, et ils se sont raccrochés à ça. À la limite, ils ont confondu Saint-Étienne et l’équipe de France, pour eux on représentait la France.

Le déclic, cela a été la qualification contre le Dynamo Kiev, qui venait de remporter la Coupe des Coupes et la Super Coupe d’Europe en 1975. À partir de là, ça a été fini. Et ça tient à quoi ? Quand Blokhine part, il est tout seul, et s’il ne veut pas flamber par excès d’orgueil, on est mort (*). Tu n’as pas le droit de faire ça, c’est un scandale. Lopez récupère le ballon et si moi je ne marque pas, sur le contre, on n’en parle pas, il n’y a pas d’épopée. C’est fini et tout le monde s’en va en fin de saison. L’épopée est partie de là, de ce pointu quand je croise mon tir.

On a vu des choses pas possibles, cette ville, ouh, la, la ! Elle s’est transformée. Les boutiques ont vu arriver des gens de l’extérieur, tout ce qui était vert se vendait. Les jours de match, de n’importe quel match, la ville était transformée. Alors les matches importants, je ne vous dis pas, les hôtels, les restaurants… Quand on allait au vert, c’était dans un hôtel d’Andrézieux, car c’était à côté. Là, on avait confisqué le 4e étage, et les gens dormaient dans les couloirs. Le patron disait que c’était complet mais ils mettaient des matelas par terre, il y avait même des artistes comme Adamo ou Claude François. Ou un jeune acteur qui ne voulait pas rater notre petit-déjeuner, à 8 h 30 il ne dormait pas et trempait son croissant dans son whisky.

Il fallait avoir assez de recul, pour savoir ce qu’on pouvait faire et ne pas faire. J’habitais juste en face du stade, à 500 m. On était 3 ou 4, il y avait Bereta, Lopez, moi. Il fallait faire attention à partir d’une certaine heure. Mais il y avait un respect, les Stéphanois respectaient beaucoup les joueurs de cette époque. Nous aussi de notre côté, on ne les prenait pas seulement comme des supporters mais comme des gens qu’on connaissait, on faisait les courses en ville, on allait à pied à la boulangerie et à la boucherie et personne ne nous emmerdait. On était marié, mais les jeunes, je sais que c’était un peu plus difficile, Rocheteau il peut en parler. Il habitait à Saint-Héand et il allait manger dans une petite auberge dans les montagnes."

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