Sarramagna se souvient
Se qualifier après avoir perdu 2-0 à l'aller en Ukraine, les Bleus en rêvent, les Verts l'ont fait. Christian Sarramagna replonge dans ses souvenirs aujourd'hui dans La Nouvelle République.
"A Kiev, c'était un match très engagé, disputé sur un terrain où il était difficile de s'exprimer. On est tombé face à une équipe survoltée. Il faut se rappeler qu'à cette époque, Kiev était l'épouvantail de la compétition, avec le Bayern Munich. Près de 85 % des joueurs étaient des membres de l'équipe nationale de l'URSS, c'était les grands favoris. On savait que quelque part, on pouvait envisager la qualification, même si l'équipe d'en face était redoutable. Nous ne sommes jamais tombés dans l'abattement, la déception du résultat du match aller a vite été remplacée par une remise en question.
La force de Saint-Étienne, c'était la valeur du collectif et un capital motivation au plus haut. Il n'y avait pas de star dans l'équipe. Dans notre for intérieur, on était persuadé qu'on pouvait renverser la situation. Déjà avant la rencontre, Robert Herbin nous parlait tous les jours de ce match retour. Il était tout autant persuadé que nous qu'on pouvait les battre, même si on faisait figure de Petit Poucet sur le papier. Il y a eu un investissement de tous les instants. On s'est vraiment sublimé. Dominique Rocheteau était perclus de crampes à la fin du temps réglementaire. Il en a parlé à Robert Herbin qui lui a répondu : " Les crampes, c'est un problème physique. Tu as le mental pour dépasser cela et tu vas même nous qualifier. " Et c'est ce qui s'est produit, même si Rocheteau n'arrêtait pas de taper du talon pour oublier ses crampes.
A force de dire qu'on avait tiré l'équipe la plus faible pour les barrages, on s'est vu trop beaux. Il y a une image qui m'a fait énormément mal : dans le couloir, avant d'entrer sur le terrain, Nasri et Benzéma étaient en train de se marrer. Ils n'ont pas conscience de l'enjeu ! C'est l'un des matchs les plus importants de leur carrière, certains n'auront peut-être pas l'occasion de rejouer une Coupe du monde. Quand j'ai vu ça, je me suis tout de suite dit que ça allait être difficile. Il y a quelques mois, l'équipe a enchaîné deux victoires en Italie et en Allemagne, avant un match nul en Espagne. Les joueurs ont donc les moyens. Mais au plus haut niveau, avant de parler football, le plus important, c'est le mental et le physique. Est-ce qu'ils sont capables d'avoir cet été d'esprit pendant 90 minutes, voire plus ? On peut en douter. Malgré tout, je me risque à un pronostic : 4-1 après prolongation. Je reste supporter français, je veux que la France soit présente à la Coupe du monde."