Guillou le supporter parle des supporters
Joueur réputé proche des tribunes, Patrick Guillou devenu consultant pour le championnat teuton livre à panenka-mag.fr son ressenti sur les tribunes Allemandes en proie aux mêmes problèmatiques qu'en France.
"Le tournant a sans doute été la coupe du monde 2006, où il y’a eu une véritable métamorphose des groupes de supporters. La volonté a alors été d’écarter les groupes les plus radicaux et violents, afin d’avoir à nouveau un public familial et qui consomme. Le changement a eu lieu dans beaucoup de stades, avec des publics devenant spectateurs plus que supporters. Malgré tout, certains bastions sont restés forts, comme à Schalke ou Dortmund, où la fibre identitaire à un groupe, une communauté ou à un club est restée présente.(...)« FanProjekt » a vu le jour pour ça, avec les renseignements généraux infiltrés au sein de la plupart des groupes de supporters afin de désigner les leaders et appréhender le problème en amont. Beaucoup de tables rondes ont également été faites entre les différentes parties prenantes. Mais depuis quelques mois, notamment à Dortmund, des groupes de supporters violents et racistes sont réapparus. (...) Des mesures sont prises, comme l’interdiction de déplacement de 400 ultras de Dortmund, ou encore Schalke qui interdit aux supporters de Dortmund l’accès à la Veltins-Arena pour les prochains derbies suite à des incidents. Le mal est pris à la racine et tout est fait pour l’éradiquer.
Pour tout ce qui concerne les engins pyrotechniques et la violence, il y’a tolérance zéro en Allemagne. Dès que les fauteurs de troubles sont appréhendés, c’est interdictions de stades et condamnations, on ne rigole pas avec ça.(...) C’est clair, la volonté des dirigeants est d’avoir des spectateurs consommateurs. Donc forcément, il y’a une sélection par l’argent, on élève le prix des places car on se rend compte sociologiquement que les plus violents sont souvent, voire très souvent, des gens qui ont un pouvoir d’achat faible et un mal-être. (...)
Au début des années 90, j’étais déjà proche des groupes de supporters à Bochum, le hooliganisme était poussé à l’extrême. Ils faisaient des fights et le match était vraiment le prétexte pour se mettre sur la courge. On les voyait arriver le dimanche ou le lundi matin quand on mangeait au restaurant, et un mec te racontait qu’il s’était fait fracasser la pommette, avait fracassé un nez, qu’il avait un bras cassé, il te racontait tout ça. Mais dans ces bagarres, même si ce sont des ultra-violents et qu’il n’y a pas de nom pour définir tout ça, il y’a quand même des codes, comme par exemple l’interdiction d’utiliser des armes blanches (...)
Ensuite, Saint-Etienne est une exception, avec son histoire, ses groupes de supporters qui se sont créés au début des années 90 et sa forte identité. Ca ressemble un peu à l’Allemagne ou à l’Angleterre, que ce soit au niveau du stade ou des comportements. Un des deux groupes ultras à Saint-Etienne a un modèle semblable à l’Italie, avec un capo, des tambours et tout ce que ça comporte. D’ailleurs les Magic Fans sont jumelés avec Brescia. Après, les membres fondateurs ont une quarantaine d’années et sont pères de famille, ce n’est plus cette génération qui est aux affaires. (...)
Je suis toujours surpris qu’aucune table ronde avec toutes les parties prenantes n’aient été organisées afin de discuter et essayer de trouver un terrain d’entente pour que le stade soit un sacro-saint avec ses émotions, ses joies, ses déceptions, un lieu de partage. Voilà ce que c’est un stade de foot pour moi. (...)
Il y’a eu des tensions au cours des derniers mois entre les dirigeants et les supporters, mais quand les kops ne chantent pas, ce ne sont pas les latérales qui offrent une ambiance mirobolante au stade. Mais après quel football veut-on ? Est-ce que l’on garde une ambiance chaude dans le bon sens du terme, ou est-ce que l’on aseptise le stade avec des spectateurs consommateurs occasionnels ? Nous sommes à une période charnière, et je ne suis pas sûr que tout le monde soit gagnant avec un public aseptisé, car même les médias s’en servent pour leur scénarisation, faisant des gros plans sur les supporters et les ambiances.