6 novembre 1974 : ASSE 5-1 Hajduk Split (ap) - 8e de finale retour de C1

Des chiens fous chez nous

A cinq jours du vrai clasico du championnat, La Provence publie un entretien de l'ancien goleador stéphanois Hervé Revelli. Extraits.

"A l'ASSE, ils sont plusieurs ataquants à pouvoir faire la différence, alors que l'OM a un buteur au sens propre, Gignac. Comme dans les autres grandes équipes, PSG, Monaco... A Saint-Etienne on s'est diversifié, il n'y a pas de Skoblar, de Papin ou de Revelli. L'avantage, c'est que l'adversaire ne se focalise pas sur un seul joueur. A l'OM, si Gignac est neutralisé, l'équipe va avoir des difficultés. A Sainté, on peut bloquer Brandao, le danger viendra de Tabanou ou Hamouma. L'inconvénient, c'est que l'ASSE ne possède pas d'avant-centre dangereux qui monopolise deux adversaires à sa surveillance. L'OM, c'est d'abord Gignac, puis les autres. A Saint-Etienne, c'est tout de suite les autres. Cela peut expliquer les difficultés à marquer à Toulouse par exemple. En certaines situations, il faut le spécialiste qui prend ses responsabilités et va marquer. Le vrai buteur, il ne lui faut pas 36000 occasions. A Geoffroy-Guichard on y arrive car on est porté vers l'avant, on est généreux. Mais sur terrain adverse, non. A Toulouse, on était frigorifié des deux côtés.

A Marseille, il faut des stars ; à Saint-Etienne, si on a un buteur, on essaye de le garder. Moi, je suis resté quinze ans ! J'étais bienheureux. A Marseille il faut des têtes nouvelles, attractives, l'ambiance veut ça : du renouvellement. A l'ASSE, on recherche le collectif, le jeu bien huilé, et ça prend du temps. Une année, Robert Herbin, qui jouait au milieu, avait marqué 26 buts. On était déjà dans cette logique. En 1973, on a lancé l'épopée verte, en sachant qu'on ne réussirait pas tout de suite, mais on avait le temps. Moi, je valais 15 buts en moyenne par saison, 31 en 1967 tout de même ! Mais je pouvais me permettre de rester trois ou quatre matches sans marquer sans être remis en cause. Evidemment, je faisais des séances spécifiques devant le but. Quand j'étais jeune, je ratais tout et puis j'ai progressé. Le buteur, il se fout de tout : il y a le ballon et le but. Faire des passes décisives, ça a toujours existé. Salif Keita avait souligné que lorsqu'il avait mis 42 buts, il m'en devait la moitié. Mais un attaquant de pointe, ça ne doit pas mettre six ou sept buts dans la saison et s'en contenter.

L'ASSE a un beau jeu, généreux, qui me rappelle mon époque : des chiens fous, dès l'entrée du terrain. Mais chez nous, parce qu'à l'extérieur, l'équipe d'aujourd'hui est plus calculatrice, alors que nous jouions pareil dans les deux cas de figure. L'ASSE qui joue pour gagner, c'est un régal ! L'OM, c'est toujours ma deuxième équipe, moi le Gardannais. L'OM donne l'impression d'être fragile et fort à la fois. Ils ont mis trois buts, Gigi a encore mis le sien, je suis content pour lui. Mais dimanche, ils sont suceptibles aussi bien de l'emporter à Geoffroy-Guichard que de perdre 3-0. Ils sont assez imprévisibles et dangereux. Ici, j'entends des gens dire : "contre l'OM, pas de problème." Faux ! ASSE-OM, c'est un match à part et je suis sûr qu'on va se régaler, il y aura du spectacle et des buts !"