7 novembre 1979 : ASSE 6-0 PSV Eindhoven - 16e de finale retour de la Coupe UEFA

Josuha prend le temps de faire le bon choix

Alors que son petit frère Morgan a joué et perdu son premier match officiel en Sang et Or hier à Brest, Josuha Guilavogui a décliné de nombreuses propositions et prend son temps pour trouver un club qui satisfasse à tous ses critères, comme il l'explique dans un entretien accordé à Var-Matin. Extraits.

"Le fait de m'entraîner seul pour la première fois ? C’est bizarre de ne plus être couvé, parce qu’il faut se prendre soi-même en charge. Mais je fais preuve de discipline, c’est mon côté allemand ! J’ai suivi le programme donné pour les vacances par Wolfsburg. Et j’ai la chance d’être bien entouré à Toulon. Momo Aït-Hida [qui pose avec Josuha sur la photo, ndp2], je le connais depuis toujours ! C’était le directeur du centre aéré où j’allais ado, il m’a inculqué beaucoup de valeurs. Je suis venu vers lui et je lui ai dit: "Tonton, fais-moi des séances d’entraînement." Il y a de l’athlétisme, du foot et de la prépa physique. Ça, c’est horrible, mais j’en ai besoin, car je suis un joueur besogneux plus que talentueux. J’ai des amis qui viennent suer avec moi aussi, ils me donnent de la force.

Quand j’aurai retrouvé un club, je n’aurai pas de retard, sauf pour le rythme. J’ai des fourmis dans les jambes. J’ai le luxe de pouvoir prendre le temps. Et de décider ce que je veux faire, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Je n’ai pas d’agent, je travaille avec un avocat mais c’est moi qui choisis, je tiens à cette liberté. Et à la fin, si je fais une erreur, je veux pouvoir me regarder dans la glace plutôt que d’en vouloir à quelqu’un d’autre. Ma signature à l’hiver 2022 à Bordeaux, ce n’était pas un si mauvais choix. Je me projetais là-bas. J’ai beaucoup appris de cette expérience, elle m’a forgé.

Sans Bordeaux, ma relation avec Wolfsburg n’aurait pas été aussi belle et je n’y aurais pas connu la même fin. Depuis mon départ, tout le monde croit que j’ai arrêté le foot (rires). C’était un choix, la fin d’une aventure. Pourtant, Wolfsburg me proposait deux ans de contrat avec reconversion à la clé. À l’aube de mes 33 ans, la tête me disait de rester, de finir au club... La décision n’était pas facile, mais je sentais que je redescendais et je ne suis pas un joueur qui va rester juste pour prendre un salaire. Je préférais partir et que les gens me retiennent plutôt qu’avec un coup de pied aux fesses.

De plus, mes enfants et ma compagne étaient déjà rentrés à Toulon. On risque de devoir repartir tôt ou tard, c’est dommage parce qu’on vit dans une région exceptionnelle. Mais c’est le moment de voir quelque chose d’autre. J’ai eu pas mal de touches, mais pas encore celle où mon cœur me dit: "Joss, allez, pour ton dernier contrat, c’est là que tu veux aller." Je sais que je prendrai la bonne décision, pour moi et ma famille.

J’ai eu des offres un peu partout: en Espagne, en Italie (au Genoa), en Allemagne (Hertha Berlin)... En MLS aussi - mais je ne suis pas fan de l’Amérique - de l’Australie et du Moyen-Orient (Qatar, Émirats, Arabie saoudite). Il y a même eu une proposition en Russie qui, vu le montant, normalement, se signe les yeux fermés. Mais je ne me voyais pas aller dans un pays en guerre. Entre le contexte politique et le fait que j’ai une fondation humanitaire en Guinée, c’était contradictoire.

Est-ce que l’Arabie saoudite me poserait un problème d’ordre moral aussi ? Les droits de l’Homme ne sont pas appliqués partout non plus. Le pays cherche à s’ouvrir et je pense qu’il a besoin du football, celui qui réunit des jeunes, peu importe leur couleur, leur religion ou leur catégorie sociale. Les Saoudiens l’ont compris, ils n’ont pas pris que des joueurs musulmans. J’en avais discuté avec Bafé, passé par Al-Hilal, catholique comme moi et qui était une idole là-bas. Il faut laisser le football à sa place.

Les Saoudiens ont recruté à tour de bras cet été. Ils ont complètement redéfini le marché du football. Ce qui est surprenant, c’est qu’ils arrivent à prendre des top joueurs qui ne sont pas finis à des grands clubs. Benzema, Kanté, Fabinho, Henderson, Mané... Cristiano Ronaldo l’a dit, mais Bafé avait déjà prévenu à l’époque: "Vous allez voir, l’Arabie saoudite prend une autre dimension et ça va être de plus en plus suivi." Il avait raison.

Le facteur économique est important, mais l’expérience à vivre et ma famille aussi. Les offres que j’ai eues là-bas émanaient de clubs dans le désert. Or j’ai besoin d’être dans une ville pour mettre mes enfants dans une école internationale. Après l’expérience de Bordeaux, j’ai du mal à m’imaginer repartir dans un contexte français. Je ne jouerai donc pas contre mon petit frère, Morgan... Il a signé à Lens et c’est une étape importante de jouer au plus haut niveau.

C’est une grande fierté. Même si j’ai commencé plus jeune que lui en L1, le voir comme ça, ça m’a rappelé moi à mes débuts à Sainté. Je suis allé le voir, en famille. Le stade était à guichets fermés pour un match amical contre le Torino, c’était incroyable. Il nous avait trouvé de belles places. Ça fait bizarre parce que c’était plutôt moi qui avais l’habitude faire ça pour lui et mes proches. Le temps, il passe hein (rires) !"