7 novembre 1979 : ASSE 6-0 PSV Eindhoven - 16e de finale retour de la Coupe UEFA

La caisse noire a fait déchanter Deschamps

Dans sa biographie Didier Deschamps, itinéraire d'un succès (2013, ed. Jacob Duvernet), Philippe Grand nous rappelle que l'actuel sélectionneur des Bleus a failli s'engager avec les Verts en 1982. Extraits.

"Trop fort chez les benjamins et très grand (1m68) pour un garçon de douze ans, Didier Deschamps est surclassé pour renforcer l'équipe minimes de Bayonne. Un peu mis à toutes les sauces, il domine partenaires et adversaires. Dès qu'il est positionné comme attaquant, il empile les buts du pied droit comme du gauche. Entre 12 et 14 ans, il en marque 70 par saison en moyenne ! Il brandit un premier trophée important : la Coupe nationale des minimes, remportée avec l'équipe de la Ligue Aquitaine dont il était évidemment devenu un capitaine indiscuté. Inévitablement, sa réputation de jeune prodige s'étend bien au-delà du département des Pyrénées-Atlantiques, de la région Aquitaine et du Pays Basque. L'équipe de France minimes s'offre à lui tandis que les recruteurs des meilleurs clubs français vont venir juger sur pièce le phénomène.

Comme souvent à l'époque, les plus fins en la matière sont les Stéphanois. Depuis leurs exploits européens, les Verts jouissent d'une incroyable popularité et sont la référence du football en France. Même si, en ce début des années 80, la concurrence du FC Nantes et l'ambition dévorante des Girondins de Bordeaux tendent à faire tomber de son piédestal l'ASSE. En attendant, c'est le réputé Pierre Garonnaire qui approche le premier Didier Deschamps et sa famille. Garonnaire a, comme toujours, un coup d'avance. Son savoir-faire fait le reste. Il propose un contrat de non sollicitation à Monsieur et Madame Deschamps pour leur fils. Il faut en effet avoir 14 ans pour pouvoir intégrer un centre de formation d'un club pro, et Didier en a 13.

Pierre Garonnaire, disparu quelques jours avant la finale de la Coupe du Monde 98 où il aurait sûrement ressenti une forte émotion à voir celui qu'il avait repéré brandir la Coupe du Monde, propose aussi une visite des installations stéphanoises, doublée pour Didier d'un stage à l'ASSE pendant les vacances de Pâques. Enchantement assuré. Les Verts, champions de France en titre, que Platini avait rejoint en 1979, c'est le must…

Mais patatras ! Une sale affaire de caisse noire, sur une dénonciation anonyme, éclabousse le club le 1er avril 1982. Ce n'est hélas pas un poisson d'avril. Cette histoire de gros sous va entraîner la chute de la maison stéphanoise. Des joueurs sont accusés d'avoir touché de fortes sommes d'argent en liquide. Michel Platini, lui-même, aurait encaissé de cette manière plus de 800 000 francs et finira par être condamné à une peine de prison avec sursis.

Fatalement, le mythique président de l'ASSE Roger Rocher et l'ensemble du club ont brusquement d'autres chats à fouetter. Au final, d'ailleurs, en sus d'une lourde amende (800 000 francs), Rocher sera condamné à trois ans de prison dont quatre mois ferme. Une terrible sentence pour cet homme gracié par Jacques Chirac en 1991 et mort en 1997, qui a fait les Verts et auquel le fervent peuple stéphanois voue une reconnaissance éternelle.

Dans ce contexte, les Girondins de Bordeaux espèrent récupérer le "bébé". Toutefois, les sulfureux nouveaux riches du foot français s'y prennent très mal sous l'impulsion de leur sulfureux et omnipotent président Claude Bez. Prêts à courtiser toute la famille Deschamps, Bez lui-même et son directeur sportif Didier Couécou arrivent en limousine devant le domicile familial d'Anglet. Ils affichent ostensiblement leur volonté de "s'acheter" Didier. Le grand-père Deschamps s'indigne : "ce sont des maquignons". Les Girondins insistent néanmoins, jusqu'à subir une fin de non-recevoir. Dans ces conditions, qui va donc récupérer la nouvelle petite merveille du football français ? Le FC Nantes !"