Avec Batlles, l'Estac s'éclate et fait le spectacle

05/03/2021
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Alors que l'ASSE de Claude Puel continue de tatonner dans le jeu et n'a pris que 30 points après 28 journées de L1, l'ESTAC de Laurent Batlles en compte 28 de plus en autant de matches disputés en L2. Aussi séduisant qu'efficace, le leader troyen est mis aujourd'hui à l'honneur dans Le Monde. Extraits.

"Leaders de la Ligue 2, les Troyens s’appuient sur l’un des styles de jeu les plus inédits et séduisants dans un football hexagonal réputé timoré pour les innovations tactiques. A 45 ans, Laurent Batlles en est l’instigateur. L’ex-­milieu de terrain vit sa première expérience comme entraîneur principal en professionnel, après trois saisons passées à diriger l’équipe réserve de Saint-Étienne.

Il assume une vision précise du jeu qu’il veut dé­velopper. À l’image de l’exercice fi­nal de la séance du jour : sept mi­nutes durant, une équipe tente de conserver le ballon pendant que l’autre essaie de le récupérer et de marquer le plus vite possible. "La maîtrise technique est cru­ciale, insiste Laurent Batlles. On l’a vu lorsque le football espagnol écrasait tout. Elle permet de moins perdre le ballon et de prendre un minimum de buts. Mais c’est une possession pour faire mal à l’ad­versaire."

Inspirée par le 3-­4-­3, le système théorisé par Johan Cruyff au Barça puis modernisé depuis dix ans par Pep Guar­diola, son équipe impose le con­trôle du jeu à ses adversaires, accepte parfois le déséquilibre, pour mieux les prendre en défaut. "Dans son système, trois défen­seurs jouent très haut sur le ter­rain, quasiment les pieds sur la li­gne médiane. C’est exceptionnel", raconte, admiratif, Jean­-Marc Fur­lan, coach du rival auxerrois.

Formé à Monaco, le milieu de terrain Tristan Dingomé savoure cette singularité. "On est la seule équipe à jouer ainsi en France. Il a fallu s’adapter et on travaille énor­mément, explique-­t­-il. Ce n’est pas cliché de dire que le foot fran­çais est assez fermé. Accepter le risque pour être en supériorité nu­mérique par rapport à l’adver­saire, c’est plus attrayant. Je suis très content d’avoir atterri dans une équipe où le plaisir est une donnée importante". "Alain Perrin et Jean-Marc Furlan avaient des idées et la possibilité de construire, apprécie Laurent Batlles. Ici ou ailleurs, ma façon de voir est la même : pour gagner les matchs, il faut mettre plus de buts que l’adversaire et prendre certains risques."

Recruté comme adjoint en 2019, Damien Ott, grand escogriffe, cheveux et barbe grisonnants, détonne autant par son allure que par son parcours, qui l’a vu écumer les clubs alsaciens du championnat de France amateur. « J’ai dix ans de plus que Laurent, entre mes références d’entraîneur et les siennes, il y a une nette évolution, livre­t­il. On m’a appris comment organiser une équipe pour bien défendre.  Grâce à lui, j’apprends comment organiser une équipe pour bien attaquer. » Ott est ébahi par la maestria de son cadet : « Il a une vision globale de l’échiquier et sait où placer ses pions. Chaque pièce doit être placée là où elle ré­pond le mieux. Si tu mets une tour en bas à gauche, elle ne sert à rien. Dans un endroit stratégique, elle pourra te donner plein de choses. »

Un épisode symbolise l’audace prônée par le technicien. Le 24 oc­tobre2020, contre Valenciennes, un défenseur troyen est expulsé dès la 3e minute. Cinq minutes plus tard, Troyes encaisse un but. Au lieu de sortir un attaquant au pro­fit d’un défenseur de plus, Batlles décide de rester à trois joueurs der­rière. Tristan Dingomé raconte : « Le message était clair. En jouant avec un défenseur de moins, il mon­trait sa confiance en nous. C’était mon premier match sous ses or­dres. Ça a été un petit choc positif. » En 2019, embarqué, de Saint­Etienne, dans les valises de son coach, Dylan Chambost a eu une impression de déjà ­vu, le souve­nir d’un match disputé avec la ré­serve stéphanoise. « On avait aussi subi un carton rouge, on était menés au score et le coachavait fait la même chose. On a con­tinué le jeu offensif et ça a payé. »

Bien placé pour la montée, Troyes espère s’installer dans l’élite après une décennie dans l’ascenseur entre Ligue 2 et Li­gue 1. Pour cela, faudra­-t­-il que son entraîneur laisse de côté cer­tains de ses principes ? « Que je ga­gne ou que je perde, même s’il y a toujours des ajustements et une remise en question permanente, je ne changerai pas ma façon de voir le football », prévient Batlles. Batlles voit dans l’épanouisse­ment de ses joueurs la clé de la réussite. « Quand un coach m’or­donnait de prendre untel au mar­quage individuel pendant 90 minutes, je ne prenais pas de plaisir, avoue­-t-­il. Si, en plus du contexte sanitaire, on brime nos joueurs sur le terrain, c’est dur. Je veux qu’ils prennent du plaisir dans leur métier. »"

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