6 novembre 1974 : ASSE 5-1 Hajduk Split (ap) - 8e de finale retour de C1

Le foot amateur n'est pas gai pour Paga

Laurent Paganelli a accordé un long entretien au site Foot42. Extraits.

"Le foot amateur, c'est ma vie ! Je suis issu de la MJC Avignon, un club qui n'avait d'équipes que jusqu'en junior et qui était donc éminemment formateur. J'ai grandi dans cet environnement où jouer au foot signifiait aussi et surtout apprendre la vie, s'éduquer. Et lorsque j'ai arrêté ma carrière, je leur avais promis que je reviendrais m'occuper des jeunes. Je l'ai fait pendant une dizaine d'années avec toutes les catégories, pour finir avec les débutants. Ça me plaisait énormément. J'ai longtemps eu les juniors, entre 18 et 20 ans, un âge qui me correspondait bien, parce que je sortais d'une carrière chaotique où, à cet âge là, je n'avais pas su appréhender la transition entre le foot amateur et le foot pro. Il faut dire que rien ne nous y préparait.
 
Il y avait un monde à ce moment là entre ce que je vivais à Avignon et ce que j'ai découvert à Saint-Etienne. Aujourd'hui, les jeunes qui arrivent dans les centres de formation sont moins dépaysés car le fossé me parait moins large entre pros et amateurs. Les amateurs ne copiant trop souvent que les mauvais aspects du foot pro, la base de notre football a perdu, petit à petit, tout ce qui en faisait sa force : sa dimension éducative, des valeurs fondamentales que nous ne retrouvons plus même dans les petits clubs. Donc en franchissant le cap du professionnalisme, les jeunes sont moins surpris car ils passent d'un élitisme à un autre. 
 
Trop d'éducateurs ont tendance à faire de l'élitisme alors qu'ils devraient laisser ça à tous ceux qui sont chargés de faire des sélections dans les départements ou les régions. Ils ne devraient s'attacher qu'à la partie éducative de leur rôle, faire en sorte d'intéresser tous les gamins, même les moins doués, ne laisser personne au bord du chemin. Or, avec la pression des parents, celle des dirigeants, ils reproduisent au plus bas niveau ce qui se passe plus haut. Ils oublient l'essentiel. C'est aussi pour ça que je ne suis plus investi dans un club à l'heure actuelle. Cette ambiance commençait à me fatiguer. Je trouvais qu'on s'éloignait trop des choses essentielles.
 
 Aujourd'hui, il faut être grand, costaud, courir vite, longtemps. Il faut être bon au départ sinon tu n'intéresses personne. C'est aussi pour ça qu'on perd beaucoup de licenciés en cours de route. A mon époque, ceux qui réussissaient au meilleur niveau n'étaient pas toujours les meilleurs au départ car on leur laissait le temps de progresser à leur rythme. Ce n'est plus possible car les clubs pros veulent tout tout de suite, sans forcément regarder la marge de progression du gamin. L'individu se construisait à travers le collectif, l'équipe, il y avait des règles à respecter. On apprenait la vie dans les clubs, ce n'est plus le cas car même les plus modestes veulent fonctionner de la même manière que les pros."