6 novembre 1974 : ASSE 5-1 Hajduk Split (ap) - 8e de finale retour de C1

A jamais européens pour Charroin

L'Humanité publie aujourd'hui une interview de l'historien stéphanois Pascal Charroin, qui revient notamment sur l'importance de la Coupe d'Europe à Sainté. Extraits.

"Ce n’est que la troisième fois, depuis 1982, que Saint-Étienne dispute une Coupe d’Europe. Mais dans l’imaginaire collectif, l’ASSE reste associée à l’Europe. L’épopée européenne des années 1970 a marqué les esprits. De nombreux spectateurs du stade n’ont pas vécu cette période, comme les groupes ultras, dont les membres ont pour la plupart moins de trente ans, mais elle leur a été racontée par leurs pères, oncles, voisins, etc. Il y a une transmission d’une culture orale romancée, voire mythifiée, par les anciens. Il faut noter que cette transmission a surtout fonctionné du côté masculin, car la composition sexuée du stade Geoffroy-Guichard est toujours la même. Rien n’a changé depuis l’inauguration en 1931 : il y a toujours moins de deux spectatrices pour plus de huit spectateurs...

Il faut remettre cette épopée dans son contexte. À l’époque, aucun club français ne brille en Coupe d’Europe, l’équipe de France est médiocre et ne commencera à émerger qu’à partir de 1978. Enfin, c’est le marasme pour le sport français en général. Les années 1970 sont aussi celles où on commence à médiatiser le sport à la télé. Tout cela a concouru à créer cette effervescence. Le mythe de David contre Goliath a également beaucoup joué avec notamment deux matchs contre Split (défaite 4-1 à l’extérieur et victoire 5-1 au retour), une très bonne équipe à l’époque, et le Dynamo Kiev (2-0 en Ukraine, 3-0 à Geoffroy-Guichard après prolongation), qui était l’équivalent aujourd’hui du Real, du Barça ou de Manchester City... 

Les poteaux carrés ont contribué à la magie. Et puis, ils perdent contre un club allemand... Les poteaux carrés ont été rachetés depuis par le musée de l’ASSE. Est-ce que s’ils avaient été cylindriques, comme aujourd’hui, cela aurait changé le match? Quand on revoit le ralenti, on voit que le ballon tape sur l’arête la plus intérieure de la cage... Il faudrait demander à un biomécanicien ou un physicien de s’y intéresser.

Le supportérisme de bandes tel qu’on l’a connu en Angleterre a été très présent à Saint-Étienne jusque dans les années 1980. Par la suite, c’est le modèle italien des ultras qui a pris le dessus et le modèle anglosaxon a disparu. Aujourd’hui, la catégorie 6 de l’Insee (classe ouvrière) est toujours surreprésentée par rapport au département de la Loire et aux autres stades de France. Geoffroy- Guichard, qui était ovoïde à l’origine, est devenu à la fin des années 1950 un stade à l’anglaise, rectangulaire, avec la suppression de la piste d’athlétisme. Mais les travaux pour l’Euro 2016 avec la création de virages circulaires pour asseoir tout le monde sont en train de lui faire perdre cette identité."