Galette donne ses recettes
Christophe Galtier donne quelques une de ses recettes d'entraîneur dans la Pravda du jour. Extraits.
"A Saint-Etienne, au sein du directoire, l'entraîneur donne l'orientation technique. Je ne fais pas partie de ceux qui disent : "Je veux ce joueur, il me le faut à tout prix." Il y a une réalité économique qu'il faut admettre. En aucun cas, un joueur n'intègrera l'effectif sans mon aval, mais je ne serai jamais dans un rapport de force avec la direction du club. Quand l'entraîneur intègre un club, il en accepte le mode de fonctionnement.
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Je ne pense pas jouer sur l'affectif, c'est trop risqué. C'est plutôt sur l'humain que je joue. La question, c'est : comment faire en sorte que l'homme qu'est le joueur soit prêt psychologiquement à donner ce qu'il a à donner. Ce n'est pas être gentil, loin de là. Tu donnes une idée directrice, tu la fais respecter. Tu acceptes aussi qu'il puisse y avoir une sortie de route. Tu excuses, tu sanctionnes, tu convaincs. J'essaye de faire en sorte que le joueur me donne sa confiance. S'il me l'accorde, il va, lui, gagner en confiance. Prenons l'exemple de Brandao. Je ne vais pas prétendre que c'est moi qui lui ai fait marquer ses 14 buts la saison dernière. Notre rôle, à mon staff et à moi, a été de tout faire pour le mettre dans les meilleures conditions psychologiques pour être performant.
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Il faut aimer ses joueurs. Même quand ils sont cons. On peut s'égarer et on peut toujours se rattraper. Quand on y arrive, c'est une vraie réussite. Je crois y être arrivé avec Mouss Bayal. J'ai attendu longtemps. La relation a été dure entre lui et moi, mais aujourd'hui il enchaîne les performances. On ne doit pas condamner, mais il faut faire comprendre qu'on a besoin de joueurs performants. Le métier du joueur, c'est cela. S'il ne veut pas comprendre, il s'écarte tout seul. A l'inverse, il faut être capable de faire comme José Mourinho, à l'Inter, quand il dit à Sneijder, qui n'est pas bien : "Après le match, tu prends l'avion, tu vas voir ta famille à Madrid et tu reviens deux jours avant le prochain match." Quand il revient, il est décisif. Là, il n'était pas question de technique, de physique. C'est la tête !
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J'ai connu un joueur qui ne faisait aucune mise au vert. Il allait dormir ailleurs. L'entraîneur avait compris qu'il avait besoin de ça. Certains joueurs cadres étaient au courant. J'avais trouvé cela très intelligent. Quand Brandao va au Brésil, je sais qu'il va rentrer plus tard. Je n'attends pas qu'il vienne me demander s'il peut partir. J'anticipe, je réunis mes cadres, je leur explique, je leur demande s'ils valident ma décision. Il est important de peser le pour et le contre d'une décision, comme me le disait Gérard Gili. Il est donc important d'avoir l'opinion de l'environnement du staff.
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A la mi-temps, je pose trois ou quatre questions à mes adjoints. J'ai besoin de savoir si ce que ja'i vu, ils l'ont vu aussi. Je leur demande de me donner une réponse. Je leur dis : "Vous n'avez pas le droit de me laisser aller dans le mur !" Je veux qu'ils me disent : moi, j'ai vu ça, ça, ça… ce qui ne signifie pas tu devrais faire ça. Un jour, à Lens, je dis à mes adjoints ce que je vais faire, plusieurs minutes avant. Je m'oriente vers un changement. Je mets du temps à le faire parce que je sens qu'il y a quelque chose qui ne va pas, qui me retient. Je sens confusément que je fais une connerie mais je la fais. J'en suis le seul responsable, mais j'ai dit à mon staff qu'ils auraient dû m'empêcher de faire ce changement.
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Autrefois, l'entraîneur avait une gestion des joueurs assez égalitaire. C'était souvent : tout le monde à la même enseigne. Aujourd'hui, je ne pourrais pas agir avec un tel principe. Je ne pourrais pas dire à mon groupe : le premier qui fait le con, il est dehors. Et celui qui fait le con, c'est aussi celui qui fait gagner les matches ? Il faut accepter qu'il fasse des bêtises. En revanche, si le meilleur joueur de l'effectif pourrit l'ambiance de travail, pourrit le groupe, là, oui, il est dehors. Parce que lui, plus qu'un autre, n'a pas le droit de nuire au groupe. Il faut être capable de s'en priver.
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L'entraîneur assoit son autorité en agissant ainsi et, en plus, il montre aux autres qu'eux aussi sont importants. Si tu ne te prives pas du fautif, tu te prends le groupe dans la figure. Mais si tu n'essaies pas de rattraper le coupable, tu te prends aussi le groupe dans la tête. Il faut dire au groupe : "Je ne pouvais pas le laisser passer. Maintenant, il faut le faire revenir. Les gars, je suis là et je suis d'accord pour qu'il revienne. Mais c'est à vous de le faire revenir. "Voilà, c'est comme ça que je fonctionne. Je ne dis pas que je suis dans le vrai, mais je ne pourrais pas fonctionner autrement."