Déboutés, dégoûtés ! (4)
Après l'association Lutte pour un football populaire, c'est au tour du sociologue Nicolas Hourcade de réagir dans Le Monde aux deux arrêtés qui ont interdit aux supporteurs stéphanois de se rendre au huitième de finale de Coupe de France opposant le Red Star à Saint-Etienne.
"Ces arrêtés posent la question de la conciliation entre, d'une part, les impératifs de sécurité publique et, d'autre part, le respect des libertés individuelles et le maintien d'une ambiance populaire dans le stade. Ces dernières années, le curseur est nettement placé du côté de la sécurité. C'est une telle priorité que l'on est prêt à rogner fortement sur les droits des supporteurs, d'autant qu'ils n'ont pas beaucoup de relais dans l'opinion. Le grand public est largement persuadé qu'une bonne partie des supporteurs sont des abrutis ou des hooligans ; beaucoup de gens ne voient pas trop le problème qu'il peut y avoir d'interdire de déplacements de milliers de supporteurs pour un noyau de 200-300 individus qui est étiqueté par le ministère de l'Intérieur comme problématique.
Il faudrait un vrai débat public sur le sujet. Jusqu'où est-on prêt à rogner sur les libertés ? On pourrait même ouvrir le débat : faut-il des supporteurs qui se déplacent lors des matchs à l'extérieur ? On peut décider d'interdire les supporteurs visiteurs – l'Argentine le fait, la Grèce l'a fait à certaines époques. Ce sont des mesures extrêmes, je ne suis pas spécialement pour. Mais il faudrait poser ouvertement le débat des déplacements de supporteurs. Cela ne concerne pas que le petit monde du football et le ministère de l'Intérieur. Il s'agit de la liberté de circulation de dizaines de milliers de personnes. La semaine dernière, les arrêtés d'interdiction de déplacement ont suscité quelques articles dans quelques médias, mais ils n'ont pas interpellé grand monde alors qu'ils posent d'importantes questions de fond."