
Le seul vrai derby
29/09/2020
Dans sa dernière édition, France Football parle de l'antagonisme entre les Verts et les vilains, qualifié de "seul vrai derby" en France. Extraits.
"Autre anomalie française : il n’existe pas deux grands clubs dans une même ville. À défaut, il reste un vrai derby, Saint-Étienne-Lyon, dont le correspondant de L’Équipe à Lyon avait dessiné pompeusement les contours du premier en date, le 28 octobre 1951 : "Les Lyonnais veulent mettre un point d’honneur à affirmer leur supériorité régionale et à détruire la légende qui voulait que Saint-Étienne représentât seul dignement les couleurs de la Ligue." Il aurait pu utiliser la métaphore de la ville bourgeoise contre la ville ouvrière, mais à l’époque, on préférait ne pas mélanger les genres.
Par sa longévité, ses périodes de domination alternées et son bilan quasiment à l’équilibre (120 derbys, 44 victoires de Saint-Étienne, 43 pour Lyon et 33 nuls), les rancunes et les fâcheries s’alimentent d’elles-mêmes. Pour le reste, ceux qui en parlent le mieux sont toujours ceux qui l’ont joué. Raymond Domenech, évoquant "un folklore nécessaire", souligne: "Ce n’est jamais trois points comme les autres et un jour de derby reste à part."
Même lorsque les deux clubs sont à marée basse, comme les deux saisons où ils s’étaient côtoyés en L2, entre 1984 et 1986. Saint-Étienne et l’OL ont rarement été bons ensemble et gagné en même temps, sauf en 1964 et 1967, quand l’un était champion et l’autre remportait la Coupe, mais leur inimitié dépasse largement ce préalable. Georges Bereta, l’ailier gauche des Verts première génération, racontait un jour: « Aujourd’hui quand les gens me disent : "Tu boites, Berete.’’ Je leur réponds: "D’un côté, c’est Domenech. De l’autre, c’est Mihajlovic. Plus haut, c’est Baeza." Une manière de rappeler que si le meilleur gagnait presque toujours, il repartait rarement à vide.
Mais quelques mots pouvaient suffire pour mettre le feu, comme ceux de Jean Snella en1967, après un seizième de Coupe de France joué sur terrain neutre à Annecy, où Saint-Étienne avait dominé une heure et demie et perdu 2-0. "En jouant ainsi la carotte, les Lyonnais n’iront certainement pas loin en Coupe de France." Évidemment, Lyon avait remporté le trophée cette année-là, et entre-temps, les supporters de l’OL s’étaient vengés en déversant des carottes sur la pelouse de Geoffroy-Guichard. Parfois, il est arrivé aussi que le folklore soit moins drôle. En affaires cet été-là avec Roger Rocher, Fleury Di Nallo avait aussitôt reçu des menaces de mort et l’idole de Gerland avait choisi de ne pas donner suite."
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