6 novembre 1974 : ASSE 5-1 Hajduk Split (ap) - 8e de finale retour de C1

Le petit Sorlin a bien grandi

Jouant sa 17ème saison en pro, le capitaine stéphanois d'Evian-Thonon-Gaillard Olivier Sorlin (1m82) évoque ses vertes années dans la dernière édition de Libération.

"C'est forcément le jour où l'AS Saint-Etienne ne m'a pas gardé qui remonte à la surface. J'avais 16 ans, j'étais en formation là-bas et j'avais été capitaine de toutes les catégories d'âge. Je n'ai rien vu venir : huit jours plus tôt, on m'avait expliqué qu'on me gardait. Puis j'ai été convoqué avec ma mère. D'un coup, tu n'as plus de rêve : j'étais supporter du club depuis tout petit, j'allais voir tous les matches avec mon cousin... J'ai compris ensuite. Je n'avais pas encore fait ma croissance. Ils se disaient "il va pousser", mais au bout d'un moment... Le club récupérait aussi des joueurs venus des quatre coins de la France, l'un d'eux a dû prendre ma place. Quand je suis sorti du bureau du directeur du centre, des éducateurs m'ont promis de m'aider pour me trouver un point de chute.

J'ai eu un appel de François Eydieu, qui s'occupait des U17 nationaux à l'AS Montferrand : ils disputaient un championnat contre les équipes réserves de certains clubs pros, tu peux donc te faire repérer. Partir a quand même été dur. Ma soeur a pleuré. Une fois à Montferrand, j'étais tous les soirs à la cabine téléphonique : "Je veux rentrer", etc. Mes parents me répondaient que c'était à moi de savoir ce que je voulais et que si je rentrais à Sainté, il fallait que je sache que c'était un club de quartier qui m'attendait. Quand j'ai joué avec Montferrand contre l'ASSE, je n'ai pas pu m'empêcher de regarder ceux qui jouaient à mon poste. Et de me dire : "tiens, c'est peut-être à cause de lui que je suis à 200 bornes de chez moi".

J'avais un petit calepin où je notais tout : les matches, les buts... Quand je suis passé pro à Montpellier, je me souviens avoir inscrit la phrase suivante : "Voilà, tu n'es pas passé par le même chemin que tout le monde." Je pense souvent à ces débuts. Chez mes parents, ma chambre est exactement comme le jour où je suis parti. Mêmes posters, mêmes fanions... Intacte. Ma mère n'y touchera jamais."