L'immense contre-pied de Platoche
Il y a 34 ans jour pour jour, l'ASSE atomisait Hambourg 5-0 en Allemagne en huitième de finale aller de la Coupe UEFA. Auteur d'un doublé, Michel Platini évoque à deux reprises ce formidable exploit dans son livre "Parlons Football" paru le mois dernier aux éditions Hugo.
"De la même façon qu'un match, on ne sait jamais, en son coup d'envoi, comment tournera un projet. Mais il n'est pas interdit de rêver, ni d'être ambitieux pour lui. Je n'ai pas toujours joué sur du velours. J'ai joué des matches ingrats. J'ai même joué des matches estimés "perdus d'avance" remportés au bout du compte. Dieu sait pourquoi, au moment où je vous parle, me revient en mémoire un certain 5-0 avec l'AS Saint-Etienne au Volksparkstadion d'Hambourg, en novembre 1980. On ne donnait pas cher de notre peau. Nous sortions d'une défaite contre Tours, la lanterne rouge, à Geoffroy-Guichard. Alors, le grand Hambourg ! C'était sans compter sur le football. C'est quoi le football au fond ? Au souvenir du Volksparkstadion d'Hambourg, un immense contre-pied. De la vie. Du destin.
(...)
Un jour d'effondrement de l'équipe de France en 1980 à Hanovre, Jupp Derwall, le sélectionneur de l'équipe d'Allemagne, s'était moqué de moi, me comparant à un général regardant la partie de loin, avec ses jumelles, pour s'épargner la boucherie du front. Je n'avais sûrement ce jour-là, ni les bonnes jumelles, ni les bonnes jambes. Que Derwall l'ait relevé était de bonne guerre. Si mes souvenirs sont bons, il n'était pas le seul. J'en avais entendu aussi de toute sorte en France. Mais une semaine plus tard, nous passions cinq buts à Hambourg. En une semaine, le jour et la nuit, ou plutôt la nuit et le jour. Deux faces d'un seul et même sport. Méconnaissable, imprévisible, quel traître il était. Le football venait de se rappeler au bon souvenir de tous. Et moi aussi, par la même occasion."