Bereta flingue Rocher
Membre du conseil de surveillance de l'ASSE et ambassadeur du club, Georges Bereta (67 ans) se confie aujourd'hui dans la Pravda. Extraits.
"Je m'appelais Beretaszewski. Mais quand mes parents sont partis de Cracovie, les skis ne rentraient pas dans le train. Alors ils les ont laissés. Mon pied gauche faisait des merveilles avec le ballon. C'est moins vrai depuis que je me suis fait poser une prothèse à la hanche il y a 25 ans. J'ai perdu ma qualité de frappe. Et mon on AVC de l'an dernier m'a ôté quelques neurones. Cela m'arrange parfois. J'oublie de dire des choses à ma femme. Quand je me lève le matin et que j'ai mal, je me dis : "tiens, là, c'est Domenech." Un attaquant prenait beaucoup de coups.
A Saint-Etienne, comme les autres pros, j'entraînais les gamins tous les jeudis. Mais on regardait plus les mamans sur le bord du terrain que les enfants. J'ai passé mes diplômes d'entraîneurs mais je me suis dégonflé. Parfois, je me le reproche. Mais le métier d'entraîneur était alors moins valorisant et je ne me voyais pas partir à droite, à gauche. Je me souvenais aussi des joueurs qui se moquaient d'Albert Batteux en l'imitant en train de boiter à cause de son genou. Avec mon problème de hanche, je ne voulais pas vivre ça. J'ai opté pour la facilité et une vie tranquille.
Je trouve que la L1 ne possède pas assez de purs gauchers sachant mettre le ballon où il faut. Pierre Garonnaire aimait recruter des gauchers. Il estimait qu'ils voyaient le jeu plus vite et qu'ils étaient doté d'une meilleure frappe. C'est pour ça qu'il a pris Repellini, Bathenay, Synaeghel, Sarramagna et moi. Et c'est pour ça que je regrette que Sainté n'ait pas gardé Bauthéac. On a préféré garder Dernis plutôt que de miser sur la jeunesse. Chez nous, Bauthéac aurait flambé.
Le PSG n'est pas plus fort que les Verts des années 1970, il est plus spectaculaire. Nous on avait un entraîneur qui ne voulait pas qu'on en rajoute. Le Rouquin était ferme là-dessus. Ibrahimovic me rappelle Salif Keita. Tous deux possèdent la même clairvoyance du jeu, surtout devant le but, et le même caractère. Un jour, Keita rigolait dans le vestiaire avant un match à Rennes. On le lui a reproché. Il nous a répondu : "où est le problème ? Je vais feinter le gardien, le dribbler et marquer." Et il l'a fait ! Ibra est comme ça, sûr de son talent.
Keita est le joueur le plus fort que j'ai côtoyé. Albert Batteux disait que s'il avait appartenu à une grande nation du foot, Salif aurait été l'égal de Pelé. C'était vraiment un surdoué. Le joueur le moins drôle que j'ai connu, c'est Vladimir Durkovic. C'était notre latéral droit à Saint-Etienne. Après avoir loupé un but tout cuit, il m'a attrapé en me disant : "tu m'as fait perdre beaucoup de dollars !" Même à l'entraînement, il n'était pas marrant.
Le plus grand regret de ma carrière, c'est de ne pas avoir vécu l'épopée des Verts de 1976. Je venais de réussir des matches extraordinaires et le président Rocher en a profité pour faire de la monnaie. Je suis devenu le premier joueur transféré au mercato d'hiver, en janvier 175. J'ai signé trois ans et demi à l'OM et multiplié mon salaire par deux. Mais j'ai été obligé de partir. Ce qui m'a fait le plus mal, c'est que Rocher a fait croire que c'est moi qui souhaitais m'en aller. Il m'en voulait d'avoir fait grève en 1972. Robby avait Sarramagna pour me remplacer et il n'a rien dit. Je suis parti fâché, sans plus jamais parler ni serrer la main à Rocher. On dit que s'il m'avait gardé, les Verts auraient gagné la finale de 1976. On ne va pas réécrire l'histoire, on a déjà les poteaux carrés pour ça."