6 novembre 1974 : ASSE 5-1 Hajduk Split (ap) - 8e de finale retour de C1

Rudi, c'est dit ! (2)

Dans son autobiographie "Tous les chemins mènent à Rome" parue ce mois-ci aux éditions Hugo Sport, Rudi Garcia revient longuement sur ses vertes années. Deuxième extrait : "Ici c'est le Chaudron !"

"La capacité de mobilisation et de ferveur du public stéphanois me frappa d'entrée. Je me souviens d'une semaine où le calendrier nous imposa de jouer trois fois d'affilée à domicile pour deux matches de championnat (Gueugnon et Valence) et un de Coupe de la Ligue (Gueugnon). En huit jours, il y eut trois fois 33 000 spectateurs au stade ! 100 000 personnes, en deuxième division ! Il ne me fallut pas longtemps pour saisir que j'avais mis les pieds dans un lieu à nul autre pareil. Robert, dont la force et le talent consistaient à s'imprégner de la culture du club, eut une idée géniale. A la sortie du couloir des vestiaires, juste avant de pénétrer sur le terrain, il fit inscrire "Ici, c'est le Chaudron" sur un énorme panneau qui rappelait le "This is Anfield" de Liverpool. Comme une marque de fabrique. Un formidable encouragement à se dépasser pour les porteurs de la tunique verte, un facteur d'appréhension et de retenue pour leurs adversaires.

Très vite, j'avais trouvé ma place dans le dispositif conçu par Robert, avec qui il était facile de travailler. Préparer physiquement l'équipe ne me rebutait pas : je l'avais d'ailleurs déjà fait à Corbeil au niveau amateur et j'appliquais une méthode assez proche, revue et corrigée par la lecture des cours fournis par la fédération. Mon rôle évolua avec le temps car Robert déléguait certaines responsabilités à ceux qui l'entouraient. Il nous disait souvent : "Je ne veux pas de béni-oui-oui !" Il nous recommandait même de le mettre en difficulté. Il avait beau être issu de la "vieille école" où l'entraîneur marchait seul, il cherchait à nous impliquer et à créer un vrai collectif. Il me demanda d'étudier le jeu des équipes adverses, une tâche qui me passionna et à laquelle je m'étais attelé avec envie, en lui élaborant des rapports techniques et en lui préparant des montages vidéo. 

Robert m'incita à me rapprocher des joueurs, dont certains n'étaient pas loin d'avoir le même âge que moi [ndp2 : Rudi Garcia avait 34 ans à son arrivée à l'ASSE en 1998]. Il y avait de bons gars dans l'effectif : Jérôme Alonzo, Lionel Potillon, Gilles Leclerc, Nestor Subiat, Jérémie Janot, Julien Sablé ou Christophe Robert, pour ne citer qu'eux. Sans oublier Claude Fichaux, qui est aujourd'hui mon adjoint. J'étais sur mon petit nuage, à l'image du club, qui termina premier au classement et assura, un an avant les prévisions les plus optimistes, sa remontée en première division. Le Chaudron bouillait. Tous les feux étaient au vert."